Trilogie Infernal Affairs

Véritable référence du cinéma HK post rétrocession, la trilogie Infernal Affairs se place sans réelles difficultées dans le haut du panier des trilogies de cette décennie. Haletante, prenante, de haut niveau à tous niveaux, son esthétique si particulière en fait une oeuvre majeure pour les réalisateurs Andrew Lau et Alan Mak, qui se doit d’être connue.

Infernal Affairs ( 2002 )

★★★★★

La lutte entre la police et les Triades fait rage, avec au sommet l’inspecteur Wong d’un côté, et de l’autre Sam, parrain imposant et impitoyable ayant la main mise sur le milieu. Depuis dix ans, Yan est en mission, infiltré dans la pègre, le policier est désormais parmi les hommes de confiances de Sam, et renseigne Wong sur ses divers agissements. De son côté Ming, infiltré depuis dix ans au sein de la police, renseigne Sam sur les agissements et les pièges que lui tendent Wong. La lutte tourne au bras de fer entre les deux taupes lorsqu’il devient évident que chaque camp est surveillé par l’autre…

les deux co-réalisateurs ont mis le paquet sur ce premier opus, donnant ici vie à un polar haletant, de haute voltige et rythmé, ne laissant des temps morts que pour faire encore un peu plus monter la tension entre les protagonistes. Rien n’est à jeter, la narration se faisant un plaisir de balader le spectateur à sa guise, usant de twist aussi énormes qu’ils sont jouissifs et cohérents, tout se basera sur un crescendo de grande intensité, nous faisant aller de surprise en surprise jusqu’au climax, une fin à la hauteur de tout ce qui nous est donné depuis le début. Servi par une bande son de grande qualité, suivre ce jeu du chat et de la souris dans un tel contexte et avec une telle maîtrise sous les yeux devient alors un spectacle passionnant, Chaque scene ayant ici son utilité, qu’il s’agisse de montrer la fragilité d’un personnage, ou bien d’accentuer les tensions sur un autre, comme le montrera l’une des premières scenes, un deal de drogue surveillé par la police, ou Yan informera ses collègues en temps réel au moyen du morse, sans se douter que Ming comprend le subterfuge. Une histoire basée sur la poursuite de son propre reflet, chaque personnage, qu’il soit flic ou triade, ayant son homologue dans le camp opposé. Dès lors, la question de neutralité est mise sur le tapis, chacun des deux protagonistes principaux étant présenté sous un jour attachant, avec ses raisons et motivations d’agir, que cela soit en bien ou en mal. Un tour de force anti manichéen s’il en est, puisqu’il sera difficile alors de condamner ou d’absoudre l’un des deux au profit de l’autre.

Les rôles secondaires ne seront pas en reste autour des deux grands acteurs que seront ici Andy Lau et Tony Leung Chiu Wai, qu’il s’agisse de leurs boss respectifs, Anthony Wong et Eric Tsang, tout deux impeccables, ou des bras droits, rôles plus secondaires. Retenons tout de même Chapman To, dont la prestation dans le rôle récurrent de Keung lui valut une nomination aux HK awards, ainsi que la toujours aussi belle Kelly Chen.

Esthétiquement parfait, en plus d’être un plaisir scenaristique, le film se fait un plaisir des yeux, la caméra rendant des images nettes et claires, dans un style très épuré.

Une véritable petite bombe cinématographique que ce Infernal Affairs premier du nom, qui rafla une liste de prix et de récompenses à n’en plus finir, se faisant au passage un nom dans le panthéon de ces films cultes et incontournables.

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Infernal Affairs 2 ( 2003 )

★★★★★

Faire une suite à un film de la trempe du premier opus n’est pas chose aisée. D’une part, le poids de la qualité, tel un fardeau, se fait attendre par les critiques et les fans qui n’hésiteront pas à fondre comme des aigles à la moindre erreur. D’autre part, refaire une histoire qui conserve l’univers et les personnages sans baisser au niveau de l’écriture ou de l’intensité était en soi là encore peu facile.

Pourtant, loin de ce que certains pouvaient craindre, IA 2 est une réussite là encore totale, réussissant le pari de garder l’univers intact en terme de qualité, mieux, de l’approfondir et de l’enrichir très largement, tout en explorant un tout autre genre de mise en scene et de réalisation. En effet, là ou le premier opus misait sur son rythme et sur sa tension, sa suite se fait plus posée, plus calme et bien plus lente, donnant du même coup à l’ensemble un air de film de mafia chronologique que ne saurait renier un certain Coppola. L’histoire sera une préquelle, débutant en 1991, et parcourant toute la decennie pour mener au bras de fer qui opposera police et triades dans Infernal Affairs. L’occasion ainsi de raconter comment Ming et Yan ont évolués dans leur infiltration, l’un prenant du grade dans les forces de polices, l’autre évoluant au sein des boss de la pègre Hong Kongaise. L’occasion également de connaître le contexte et les évènements qui feront de Sam le parrain du milieu, ainsi que les raisons qui mèneront l’inspecteur Wong et lui à se vouer une rivalité inflexible.

Esthétique toujours irréprochable agrémentée de scenes dont l’intensité théâtrale se fait digne d’une tragédie grecque, la maîtrise de Andrew Lau et d’Alan Mak derrière la caméra se fait à nouveau sentir, la narration étant contrôlée dans ses moindres détails avec brio, elle sera ici au coeur du film, donnant du même coup lieu à des scenes plus sentimentales, plus attachantes, ou tout simplement plus détendues. Préquelle oblige, il fallait des acteurs plus jeunes pour interprêter Yan et Ming. Ce sont donc Edison Chen et Shawn Yue qui prendront ces rôles, qu’ils avaient déjà succintement endossés dans le premier film, lors de scenes de flash back. Loin de faire perdre de leur superbe aux personnages, ils les enrichissent d’une profondeur narrative et chronologique, donnant même envie de revoir Infernal Affairs afin de mieux comprendre les enjeux de chacuns. Aux seconds rôles, ce sera toujours, bien entendu, Anthony Wong et Eric Tsang dans leurs protagonistes respectifs, ceux-ci formant cette fois ci lors de quelques scenes un duo plutôt attachant, presque amical. Nous noterons également toujours la présence de Chapman To, et également celles, nouvelles cette fois, de Carina Lau et de Francis Ng, qui auront tout deux leur importance cruciale, ainsi que Roy Cheung, que l’on aurait du mal à rater à force de le voir partout.

Un très grand cru donc, ce Infernal Affairs 2, qui se paye le luxe de poursuivre avec brio la saga entamée deux ans auparavant en y appliquant sa propre ambiance, son propre ton qui, s’il se révèle aux antipodes du premier, n’en demeure pas moins du plus bel effet.

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Infernal Affairs 3 ( 2003 )

★★★☆☆

Ultime volet de la saga, cet opus, autant le dire tout de suite, se révèle aussi être le moins bon des trois. Bancal dans sa mise en scene et dans sa maîtrise, une ambiance qui se cherche tout du long sans jamais réellement se trouver, et lourdeurs scripturales superflues font de cet opus le moins réussi. Passé ces points un peu sombres du tableau,Infernal Affairs 3 se présente malgré tout comme un bon film, qui a défaut d’être une réussite totale, reste un exemple de narration, complexifiant un monde déjà riche sans le dénaturer, maitrisant chaque rouage de son histoire avec une méticulosité parfaite.

10 mois ont passés depuis la fin de Infernal Affairs, et pour Ming, les démons du passé se font de plus en plus pesant. Une decennie de double jeu et de remords aussi divers que variés pesent sur sa conscience, aussi lorsqu’il soupçonne un inspecteur d’être une taupe infiltrée, il prend la décision de mener son enquête, et de démasquer ce qui semble petit à petit être le point final de l’affaire Sam/Wong Yan/Ming.

Polar posé, ou thriller psychologique? Le choix fut visiblement difficile tant les deux éléments ont du mal à cohabiter, l’un se faisant d’ailleurs plus maîtrisé que l’autre, et donc fatalement plus interessant. Jamais, dans la saga, la flash back ne se seront fait si nombreux, si entremêlés, mais également si intenses, encore une fois avec cette idée de vouloir entrer dans l’esprit des personnages , là où se trouve indéniablement le point final de toute cette histoire. Le pari, de ce côté, est réussi, même si l’on reprochera certaines scenes totalement hors de propos, à l’exemple de celle ou Andy Lau se met à draguer Kelly Chen, scene qui n’apporte rien ni aux personnages, ni à la narration, et qui n’aura d’ailleurs pas la moindre importance pour la suite du récit.

Les flash backs, eux, en revanche, seront toujours judicieux et bien placés, permettant à la fois éclaircissement sur certains aspects de personnages tels que Ming, Yan ou même Sam, et à la fois permettant de faire revenir pour le final de la trilogie des personnages qui n’ont ici plus lieux d’être, à l’image, encore une fois, de Chapman To qui reprend son rôle habituel, d’Edison Chen, ou encore de Carina mau. Les nouveaux protagonistes, eux, seront incarnés à la perfection par l’excellent Chen Dao Ming et l’impassible Leon Lai, tout deux étant les pivots cruciaux de cet opus, avec toujours Andy Lau et Tony Leung en personnages principaux, la faveur étant cette fois ci laissée à Lau, qui sera réellement sur le devant de la scene.

Un thriller Psychologique réussi, un polar moins réussi, un opus final en demi teinte donc, qui se laisse regarder, qui s’apprécie pour ce qu’il est, mais qui aurait pu être bien mieux. Dommage, mais finalement bon, sa derniere demi heure reste néanmoins particulièrement réussies, en tout point.

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Conclusion : Une trilogie culte du cinéma HK, du cinéma tout court, et de cette dernière décennie, dont le dernier volet, bien qu’un cran en dessous, garde des qualités indéniables et clos la saga sans l’entâcher ni lui enlever son prestige. Une oeuvre majeure à tous les niveaux qui mérite d’être vue.

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