Yi Yi; Chant du cygne pour Ed Yang.

★★★★★

Article originellement publié le 30 mai 2011.

Sorti en 2000, Yi Yi fut le dernier long-métrage du réalisateur Edward Yang, mort en 2007. Une oeuvre magistralement belle pour laquelle le terme de «chant du cygne» prend tout son sens.

Le film nous narrera la vie de la famille Jiang de différents points de vue : Nj, le père, est un homme d’affaires. Quarantenaire, il va faire par hasard une rencontre avec une ancienne petite amie, qui va alors le pousser à remettre en question les choix de toute sa vie. Sa fille, Ting Ting, vit sa vie, entre rivalités d’amies et premiers amours. Enfin son jeune fils, Yang Yang, découvre le monde qui l’entoure, se posant des questions plus profondes que son esprit enfantin ne peut le formuler.

A travers ces trois personnages, le réalisateur nous montrera sa reflexion et son regard sur le monde. Un monde dépeint ici différemment selon les scenes et les trois personnages. Il sera pour Nj bien plus triste et mélancolique qu’il ne l’est pour son fils, qui pose pour sa part un regard émerveillé et curieux sur tout. Trois générations donc, qui poseront des questions fondamentales et répètent chacun à leur façon le cycle de la vie. Pendant que Ting Ting découvre l’amour, son jeune frère commence seulement à en chercher le sens, alors que son père regrette le sien. Lorsque le cadet de la famille cherche à montrer aux gens des choses qu’ils ne peuvent voir, les deux autres comprennent que ceux parmi lesquels ils évoluent ne sont pas toujours ce qu’ils semblent être. Autant de point de vues qui ne sont que les reflets des pensées du réalisateur, certains dialogues tenant presque de l’expérience vécue. Discutions anodines sur l’amour, sur la vérité, les paralleles inter générationnels ne se comptent pas tant ils sont nombreux et sonnent toujours justes, qu’il s’agisse de paroles ou de réalisation pure. Ainsi, alors que Nj et son amour de jeunesse évoque leur histoire passée, la caméra nous montrera en même temps les amours naissants des deux enfants de la famille. Un exemple parmi tant d’autres qui démontre la qualité de la mise en scene.

Cette dernière est par ailleurs remarquable. Faite souvent de plans fixes et calmes qu’il s’agisse de montrer un couloir vide ou une forêt, un personnage ou une déchéance, ces scenes nous prouvent chacune à leurs façons qu’un long silence est parfois mille fois plus éloquent que toute forme de dialogue. À l’inverse, un dialogue tel que celui entre Nj et son collaborateur japonais à propos de leur mélomanie et de leurs amours, se révèle d’une justesse absolue. A cela viendra s’ajouter le rapport des protagonistes face à la mort, par le biais d’une grand mère vivant ses derniers instants. Comment réagir? Faut-il lui parler, et si oui, que lui dire? Et d’ailleurs, qu’est-ce que la mort? Autant de questions qui rajouteront une corde de plus au film, permettant au réalisateur là encore de traiter une pensée sous divers angles, Ed Yang laissant même planer sur les dernières scenes une part de doute sur le sujet, par le biais d’une scene que chacun interprêtera comme il lui plait, avant de conclure sur une tirade des plus touchantes. Il s’agit là aussi d’un exemple pris au hasard, les lectures de chaque instant étant nombreuses, et les sujets étant encore une fois aussi divers que variés, de la société au mariage en passant par la jalousie, les querelles de couple ou le mur des générations.

C’est ainsi avec une grande simplicité et sans superflu qu’Edward Yang nous fera traverser son oeuvre, un film touchant, parfois comique ou dramatique, mais toujours d’une rare justesse et surtout d’une beauté exceptionnelle, ce genre de beauté figurée qui nous rappelle que le cinéma est un art, et qu’un réalisateur talentueux peut nous couper le souffle et nous emporter dans une histoire dont on ne peut se séparer. Il y aura avec ce simple film de quoi parler des heures, aussi me contenterais-je de conclure en disant que si certaines personnes l’ont décrit comme « l’un des plus beaux films que le cinéma nous ait offert », alors je les rejoins totalement sur cet avis.

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