Profit (1996)

Son histoire n’aura duré que huit épisodes, et pourtant, aujourd’hui encore, Profit reste l’un des personnages de série les plus marquant qui existe pour quiconque ayant déjà regardé. Loin des Vic Mackey, loin des Dexter (avec qui il partageait pourtant une base de sociopathe.), Profit évoluait dans l’ombre, et évinçait ses problèmes avec un esprit calculateur des plus terrifiants. Aujourd’hui, retour sur le personnage qui a choqué l’Amérique.

Une claque cinglante dans la fourmillière des familles bien pensantes.

Nous sommes en avril 1996. le réseau FOX s’es imposé comme l’un des pan majeurs en terme de séries télévisées, grâce à X-Files, à Party of Five (La Vie à Cinq) , ou encore à ses programmes déjà bien installés, tels que Melrose Place ou Married with Children.Des programmes pour la plupart familiaux.Le soir du 8 avril arrive Profit. L’histoire d’un jeune yuppie, récemment employé dans une multinationale, qui devra apprendre par ses propres moyens à se faire une place. Profit, interprêté par Adrian Pasdar, est froid, tout comme le ton global de la série (que la touche 90’s n’a depuis pas arrangé). Le programme démarre avec une audience plus que correcte, l’Amérique découvrant ce personnage si atypique sur un réseau de chaines qui diffuse encore Beverley Hills.
Le drame survient pourtant très vite. A peine dix minutes, un quart d’heure peut-être, après le début de l’épisode pilote : une scène voit le personnage principal, Jim Profit, embrasser (voir rouler carrément une pelle) à sa belle-mère.
Les audiences ont immédiatement chutées.
L’Amérique était irrémédiablement choquée.
Et la série ne s’en releva pas. Le peu d’audience restant degringola, petit à petit au cours du mois d’avril, et après la diffusion du troisième épisode le 28 de ce même mois, elle fut tout simplement retirée de l’écran. Profit, le précurseur des « antihéros » de l’histoire des séries, fut donc tué pour ainsi dire dans l’oeuf. Grosse déception pour ses deux créateurs, David Greenwalt et John McNamara. Le premier, on le sait, alla rejoindre Joss Whedon pour scénariser quelques épisodes d’une petite série alors en cours de tournage, Buffy The Vampire Slayer. McNamara, lui, retourna sur Loïs & Clark.

Les Raisons d’un échec retentissant.

Profit s’est crashé en beauté, c’est un fait. Les raisons pour expliquer ceci peuvent être nombreuses, et il serait réducteur de penser qu’un simple baiser immoral (et non pas incestueux) était à lui seul responsable de tout. La première des raisons étant la plus simple et la plus basique : le public n’était pas prêt.

Aujourd’hui, le monde télévisuel est merveilleux, et le grand public met les raclures sur un piédestal. Combien de fans compte des personnages comme Dexter? comme House? ou pire comme Cartman? des personnages pas toujours moraux (surtout ce dernier) que l’on pose aujourd’hui en héros de séries, allant jusqu’à les placer dans les top des meilleurs personnages. Et pourtant…Cartman lui-même n’existait pas à l’époque où Profit était rapidement diffusé ouis annulé, South Park ne démarrant en effet que l’année d’après, en 1997. Profit était alors de loin le personnage titre le plus immoral, le plus sombre et le plus malsain, l’histoire d’un être humain qui a grandi dans une boîte en carton avec pour seule vision sur le monde une télévision…mais il est surtout arrivé sur les écrans bien trop tôt, à une époque où le public ne voulait pas de ces antihéros. Dommage pour la série, puisqu’à peine un an et demi plus tard était diffusée Oz (sur HBO) et qu’avec elle est arrivé le cataclysme qui a changé la face du monde des séries.

La seconde grande raison qui suscita un rejet du public, au delà de l’animosité envers le personnage principal, c’est son contexte, son univers. Profit évolue dans une multinationale, n’hésitant pas à éjecter tous les dirigeants un par un, par manipulations, chantages et autres coups bas. Alors même que l’on voyait dans le personnage de Jack Walters (Scott Paulin) le parfait ennemi de Profit, tout désigné et présent dès le pilote, celui-ci se fait sortir par notre héros de façon définitive dès le second. une petite décharge electrique qui montre jusqu’où est prêt à aller le perso, et surtout qui montre un aspect de l’Amérique peu reluisant : A travers Profit et son évolution au sein de Gracen & Gracen, à travers les dirigeants de la société pédophiles, alcooliques et finalement très traîtres, c’est une face sombre de l’Amérique qui se dessine, un portrait satirique, caricatural et fondamentalement malsain du capitalisme et des grosses sociétés. Et nous n’en étions qu’au début! car en effet, après huit épisodes, la série est laissée en plan sur son intrigue, alors qu’elle commençait tout juste à décoller. De l’aveu des scénaristes eux-mêmes, la trame narrative prévue était de faire grimper Profit bien au delà de la hierarchie de la société, en lui faisant lorgner du côté de la politique, convoiter les postes plus haut tels que sénateur…mais toujours dans l’ombre, afin que son art ne cesse de s’exercer. Encore eût-il fallu que le public lui laisse sa chance…

Pourquoi Profit est devenue culte? Pourquoi adorerez-vous?

Paradoxalement, et c’est souvent le cas, le caractère culte de la série vient de ce qui en a fait son annulation. Les mentalités ayant évoluées, Profit a acquis sa place au panthéon des séries les plus marquantes qui soient, et son personnage fait désormais partie des gueules les plus immorales et sociopathes du petit écran. Vous aimez voir Dexter tenter de dissimuler son Dark Passenger à la face du monde? Profit, lui, se révèle être un véritable démon dissimulé constamment sous les traits d’un Adrian Pasdar à la froideur hypnotisante. malgré son non-succès aux USA, la série avait déjà à l’époque (et plus encore maintenant) rallié à sa cause nombre de critiques et de spécialistes du petit écran. Les fils de l’intrigue ont beau avoir vieillis ( le système d’interface informatique de la société, ou les intrigues de micropuce vendues aux chinois), l’aspect dramatique reste intact, et l’intérêt de la série réside, à toujours résidé, dans l’univers glacial qu’elle dépeint et dans la façon dont son héros évolue au sein de celui-ci. Enfin, au delà de la simple satire financière se trouve le discours du personnage, de son propre point de vue. Un discours basé sur la famille et l’irréprochabilité de celle-ci, ou du moins de sa face publique et de la conception bien particulière qu’en a  Jim Profit. Contrairement aux personnages nommés ci-dessus, ce-dernier n’est pas un tueur, ni même un psychopathe ou un schyzophrène. A la manière d’un serpent, il se glisse au milieu de son monde, s’adapte parfaitement a son environnement et a totalement conscience de ses actes, qu’il assume parfaitement. C’est d’ailleurs bien ce qui en fait le personnage le plus malsain jamais vu : il détruit sciemment et volontairement chaque vie qu’il touche, et ce sans une once d’humanité.

Enfin, pour l’anecdote : si la plupart d’entre eux ne connurent pas de grandes carrière, Adrian Pasdar restera pour beaucoup (avant que ceux-ci ne voient Profit, bien entendu) le Nathan Petrelli de Heroes, tandis que Keith Szarabajka, lui, vous sera certainement plus familier (surtout en ce moment) pour être votre coéquipier du bureau des incendies dans le très récent L.A. Noire.

Inutile de dire donc que je vous conseille cette série magistrale qu’est Profit de toute urgence, parce que voir les classiques qui ont façonnés la télévision actuelle est aussi important que de voir les séries les plus récentes. Et je le laisse le mot de la fin au personnage lui-même :

« Anyone who thinks controlling people is a science is dead wrong. It’s an art. Good night. » *


* « Celui qui pense que dominer autrui est une science se trompe. C’est un art. Bonne nuit. »

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