The Social Network (David Fincher; 2010)

★★★★★

Mark Zuckerberg. Ce nom ne vous dit (peut-être) pas grand chose, mais cet homme à révolutionné l’internet de ces dernières années, puisqu’il est le PDG et co-fondateur du site Facebook. Véritable phénomène de société au sein des jeunes (et des moins jeunes) générations, le réseau social est devenu en l’espace de quelques années presque incontournable, tant amicalement que professionnellement, et occupe chez certains une part importante. Dans The Social Network, David Fincher reviendra sur l’histoire de son créateur, une histoire plus tortueuse qu’on ne le penserait au premier abord, d’après un script de Aaron Sorkin, lui même adapté du roman de Ben Mezrich.

David Fincher choisit dès le départ un angle crucial : aborder l’histoire du côté humain plutôt que du côté « virtuel ». On ne verra pour ainsi dire que très peu d’ordinateurs, et encore moins de scènes explicitant ce qu’il peut se passer sur un écran, le réalisateur préférant s’atteler à montrer les gens dans l’ombre du site. Si l’on est en droit de se demander où s’arrête la réalité et où commence la fiction, on comprendra aisément les choix. En effet, en choisissant d’aborder l’histoire de façon plus romancée que biographique, David Fincher s’assurait de pouvoir donner aux personnages un profil qui collerait mieux à l’idée que lui en avait, ou aux thèmes qu’il souhaitait, à travers ce film, aborder.( D’après plusieurs témoignages, si les faits sont « pour la plupart » vrais, les protagonistes, eux, auraient des caractères qui ne collent pas forcément à la réalité.). Les personnages se montreront pour ainsi dire presque tous sous un jour peu glorieux, entre trahisons, paranoïa et mépris, le tout ajouté à ce ton si particulier de l’élite d’Harvard. Un contraste saisissant que de voir la façon dont chacun tentera de récupérer sa part du gâteau, n’hésitant pas à poignarder proches ou financiers, le tout afin de gérer un site supposé basé sur les relations « amicales ». A ce titre, si chaque acteur remplit honorablement son rôle, Jesse Eisenberg (le rôle principal) nous surprendra par son interprétation. Sans fausses notes, le jeune homme donnera vie avec brio au personnage de Fincher, un Mark Zuckerberg à l’égo démesuré, revanchard et méprisant de façon presque inconsciente tous ceux qui ne sont pas à son niveau. Un portrait déjà peu glorieux que l’on est libre d’apprécier ou non (et que personnellement, j’adore), et qui se trouve renforcé par Sean Parker, fondateur de Napster ( site de partage de musique aujourd’hui disparu, qui a contribué à ouvrir les portes du téléchargement illégal.), joué par Justin Timberlake (on appréciera l’ironie de la chose…) , qui sera pour sa part un personnage ingérable, paranoïaque et opportuniste, n’hésitant pas à évincer quiconque se met sur son chemin. David Fincher peut donc ici revenir vers un thème et un contexte qu’il connaît (et qu’il a déjà abordé via, par exemple, Fight Club) : un duo basé sur la mécanique influent/influencé et sur la recherche d’une revalorisation de l’ego, refusant d’appartenir à la masse, qui ne reculera devant rien pour parvenir à ses fins.

Avec la maîtrise qu’on lui connaît pour la photographie et les montages de plusieurs narrations simultanées, Fincher jouera ici sur trois parties distinctes : les deux premières concernent deux procès, se déroulant en même temps, ou presque : d’un côté, le procès opposant Mark Zuckerberg à son ex-meilleur ami, Eduardo Saverin, concernant les parts de ce dernier et son implication dans la fondation de Facebook. D’autres part, le procès entre Mark Zuckerberg et les frères Winklevoss, deux des étudiants d’Harvard les plus en vues, accusant le directeur du site de vol de propriété intellectuelle. Ces deux premières lignes narratives seront entremêlées et liées entre elles par la troisième : les faits, relatés par de longs flash-backs, qui replacent au cours des procès les personnages dans l’histoire de la création du site. Cette troisième partie, se présentant d’emblée comme plus importante, car déterminante pour les deux autres, sera le coeur du film, et l’on pourrait même dire que ce sont les flash-backs qui sont entrecoupés par des scènes « présentes ». le tout s’enchaîne avec fluidité, Fincher démontrant là encore son talent dans la maîtrise du montage.

Enfin, comme dit plus haut, le film traitera de Facebook sous un jour assez ironique dépeignant Mark Zuckerberg comme un être solitaire, asocial , renfermé et prétentieux, qui ne supporte pas que son ego soit égratigné…Et qui est pourtant à l’origine du plus grand réseau social au monde. On comprend alors la nécessité pour Fincher de modifier (dans une hypothètique et certaine mesure) le caractère du jeune homme, afin de faire en sorte qu’il colle au mieux à la mise en relief de ces travers. Et il ne sera pas le seul dans ce cas, chacun, encore une fois, tentant de tirer la couverture de son côté. Le film n’évitera cependant pas quelques clichés (la scène du statut Facebook d’Eduardo « célibataire ») qui ne desserviront cependant pas, l’oeuvre étant, malgré un vocabulaire relativement technique (très relativement, même) inhérent au contexte, tourné vers le grand public. Reste enfin la scène finale, là aussi baignant dans l’hypocrisie de Facebook, en évoquant l’un de ses travers les plus grossiers, que je ne dévoilerais pas pour laisser le plaisir de la scène entier.

Véritable petit chef d’oeuvre, The Social Network est un film à la fois intelligent et bien écrit, où le travail de chacun se fait sentir, qu’il s’agisse des acteurs, de Aaron Sorkin (qui a reçu pour son script l’oscar du meilleur scenario adapté), de la musique de Trent Reznor (oscar de la meilleure bande originale) ou enfin, encore une fois, du travail remarquable de David Fincher. A voir sans détours.

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2 réponses à “The Social Network (David Fincher; 2010)

  1. Oui il faut être honnête qu’ils ont prie énormément de liberté sur les personnages mais c’était vraiment pour contraster sur le fait que des gens détestables et détestés créent un réseau social xD quelle ironie ! On pourrait dire que le trait est peut être un peu trop appuyé parfois… mais ça reste drôle et très plaisant de voir Mark rabattre le caquais à certain pck pour être honnête parfois on a envie de faire pareil (Pareil que pour Fight club où on a envie de tout claquer et partir sans jamais le faire). Après l’idée qu’un égocentrique crée Facebook ça se tient car même si on a l’interpellation de réseau social, Facebook est fait pour être centré sur sois même (j’ai un Facebook donc je sais de quoi je parle ^_^) La scène d’ouverture nous plonge vraiment dans l’univers du personnage principale, j’ai du la regarder plusieurs pour comprendre xD je sais pas si je qualifierai ça de petit chef d’oeuvre, je pense que c’est un film grand public qui donne une célébrité en pâture pour qu’on puisse la détester

    • Le trait, je suis d’accord, est franchement appuyé.Grossi sur beaucoup d’aspects. Et pourtant, rien d’irréaliste dans la personnalité de ce misanthrope absolu qui crache sa verve au monde. Juste la plume d’Aaron Sorkin qui fait encore et toujours des merveilles dès qu’il s’agit de mettre en scène un personnage en apparence détestable alors qu’il ne se contente que d’énoncer des vérités cassantes à la face du public. Au moins ici Fincher a-t-il su bien s’entourer, devant comme derrière la caméra. ^^

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