Don’t Go Breaking my Heart (Johnnie To;2011)

 

 

 

 

★★★☆☆

 

Johnnie To is back. Depuis son infructueuse collaboration avec « l’autre » Johnny, Halliday,en 2009 (Vengeance), le réalisateur se fit des plus discrets, délaissant les plateaux de tournages pour écumer les festivals du monde entier.  Grand bien lui fasse, diront les plus cyniques , pour qui les récentes productions de l’homme, plus rares et moins percutantes, semblent suffire pour lui tourner le dos. Johnnie To, c’est un fait, divise désormais plus qu’il ne se fait encenser au sein des milieux cinéphiles, qu’ils soient amateurs ou non de HK movies. Une chose  est sûre : ce n’est pas Don’t go breaking my Heart, sa nouvelle romance, qui changera la donne. Oui oui, une romance. Vous savez, ce genre si aléatoire,  qui joue notre attachement sur un coup de dé digne de Chow Yun-fat. Le genre d’œuvre qui peut passer comme une lettre à la poste ou vous sembler durer une éternité, et que l’on aborde toujours avec une pointe d’appréhension. C’était, peu ou prou, mon sentiment au démarrage du film. Car il faut bien le dire, si l’on est généralement rassuré face à un polar made in Johnnie To (quoique…), On ne sait que trop rarement ce que va donner le cinéaste dans une histoire à l’eau de rose.


Zixin (la jolie Gao Yuanyuan) est une employée de bureau modèle à peine sortie d’une rupture douloureuse. Shen-ra (Louis Koo) responsable financier et coureur de jupon notoire, tente alors immédiatement de séduire la jeune femme par un habile jeu de suggestion, leurs immeubles (et leurs bureaux) étant situés l’un en face de l’autre. Mais Zixin, méfiante et encore sous le coup de la rupture, peine à croire à nouveau en l’amour et Shen-ra, gaffeur, ne tarde pas à lamentablement échouer sa conquête, poussant la jeune femme à rencontrer un peu par hasard Fang (Daniel Wu), ivrogne et architecte de son état, mais plutôt ivrogne alors, et surtout bien plus sympathique (tant pour le spectateur que pour l’héroïne) que le précédent larron. Une femme, deux hommes : le triangle amoureux est posé, il ne reste plus qu’à en jouer !

Johnnie To l’a déjà montré a travers d’autres métrages (notamment le léger et – à mon sens – très réussi Sparrow), il aime filmer sa ville, de façon aussi esthétique et démonstrative que possible. Don’t go breaking my Heart ne déroge pas à la règle, à une nuance près : le réalisateur délaisse ici les petites allées tranquilles pour nous dévoiler un aspect glacial fait d’acier et de verre. Si l’on y retrouve, le temps d’un ou deux plans fugaces, la fraicheur du film de pickpockets susnommé, la comparaison doit s’arrêter là, le reste du décor ne visant à montrer qu’un modèle économique en pleine expansion. C’est là l’une des forces de l’intrigue : à défaut de tenir un propos original, préférant miser sur les personnages attachants et le comique – ou la beauté – des situations et scènes engendrées, celle-ci peut compter sur son contexte de crise économique (dans nos esprits à tous. Si si, même le tiens, lecteur) et d’ouverture de l’Asie sur le monde pour nous offrir un discours digne de ce nom, fusse t’il implicite et totalement visuel. Tout, dans le Hong Kong – et même dans le Suzhou dont le personnage de Zixin est originaire – nous est dépeint aujourd’hui comme « absorbé » dans la culture mondiale. Les immeubles ressemblent à ceux d’autres villes, et même la ville continentale ne porte ici que peu de traces de son histoire. A cela viennent s’ajouter des ellipses de plusieurs années dans la vie des personnages, entrainant l’ascension sociale de certains, la chute d’autres, mais démontrant également un capitalisme carnassier qui ne pardonne rien, habilement illustré et personnalisé par les deux personnages masculins. Un choix assurément assumé par Johnnie To, et un message clair : Ne regardons plus en arrière, we have to move on (comme dirait l’autre). A l’instar de Tsui Hark et de bien d’autres, le cinéaste à bien évolué au cours des années 2000, et son cinéma s’en ressent. Une bonne ou une mauvaise chose ? La réponse vous appartient. Une chose est sûre, elle ne sera pas du goût de tous.


Tant par la vision de l’ancienne colonie que par l’intrigue, Johnnie To joue avec les couleurs et avec la photographie autant qu’avec les situations des personnages, et on est finalement soulagé d’avoir une romance empreinte de légèreté pour contrebalancer le poids écrasant de l’environnement. Don’t go Breaking my heart, est peut être finalement autant l’histoire d’un triangle romantique que la métaphore d’un réalisateur qui, amoureux d’une ville désormais en constante évolution, se résigne à suivre le mouvement et à avancer avec elle.

Accessible aussi bien par son côté léger que par ses aspects plus dramatico-romantiques, Le film se laisse suivre telle une romance maîtrisée et réglée comme du papier à musique. Faisant fi de toute originalité, à laquelle est préférée l’efficacité pure et simple, le réalisateur aura encore bien du chemin à parcourir s’il souhaite reconquérir les fans de The Mission. Mais en a-t-il vraiment envie ? Signe t’il là une amorce de coupure brève et définitive ? Lam Suet peut-il cabotiner d’avantage encore que dans ce métrage ? et puis d’ailleurs, qui a dit «Johnnie To is back» ?

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