Bellflower (Evan Glodell; 2012)

★★★★★

D’ordinaire, j’aime commencer mes textes par une petite rétro du réalisateur, ou de sa filmographie…situer un peu la chose, rendre le pavé accessible. Mais voilà, Bellflower est un premier film. Et comme toute première œuvre qui se respecte, il fourmille de personnalité, d’idées et de créativité…et il rend difficile toute tentative d’évoquer les œuvres précédentes de l’auteur, comme vous vous en doutez. Après avoir parcouru une poignée de festivals plus ou moins prestigieux et accumulé nominations et prix, le film d’Evan Glodell débarque enfin dans nos contrées. Une œuvre viscérale, personnelle et artisanale, qui du haut de son budget dérisoire estimé à la louche ( « aux alentours de 17 000 dollars » répond le principal intéressé ) se révèle plus marquant que nombre d’oeuvres friquées. Une fois encore, on ne cessera de le dire, l’argent ne fait pas le réalisateur.

Boy meets Girl, Boy loses Girl, Boy becomes Lord Humongus

Woodrow et Aiden, deux potes inséparables, jeunes glandeurs californiens rêvent de l’Apocalypse. La grande, la seule, celle qui les a bercé durant les centaines de soirées passées à voir Mad Max en boucle. Ils se construisent un lance-flamme, ils rêvent de leur Interceptor (La Mother Medusa sera ici un personnage à part entière, la bagnole post-apo de rêve), et ils détruisent inlassablement le monde au détour de conversations. Immédiatement, et par cette simple dynamique entre les deux héros, le film parlera à une foule de personnes. Qui, parmi vous, jeunes et moins jeunes adultes, n’a jamais dit à son meilleure pote : « Mec, c’est la fin du monde demain, on fait quoi ? » ?

Puis tout bascule. Woodrow rencontre une fille. Milly, la jeune femme idéale. (les premières le sont toutes.) Une jeune femme délurée, naturelle, barrée. Qui apportera dans la vie du jeune glandeur les instants parfaits que l’on vit (souvent sans regrets) lorsque la fin du monde approche.

Plus qu’un film, Bellflower est un vécu et nous le fait sentir. Evan Glodell, à peine sorti d’une rupture difficile, entame la rédaction d’un script qui sera son exutoire le plus absolu. Plusieurs années furent nécessaire pour le mettre finalement en chantier, du financement à la gestion de l’équipe. Autant de temps durant lequel le projet macéra lentement, évoluant au rythme de son réalisateur. Orchestré de A à Z, Glodell et ses potes allèrent même jusqu’à bricoler caméras, voitures et plateaux de tournages pour un résultat photographique où même la crasse de l’objectif est naturelle. Ce procédé finira par servir grandement le film puisque loin de le rendre cheap, il illuminera l’image d’un ton jaune/orange constant, saturant certaines scènes de couleur ou de lumière. Une ambiance de chaleur tantôt douce tantôt étouffante, qui colle parfaitement aux personnages et à leur parcours scénaristique…En somme, et encore une fois : une ambiance de fin du monde.

La mise en scène, évolutive, destructurée et de plus en plus chaotique, se trouvera un paradoxe vis à vis de la réflexion, étonnamment limpide. Elle (la mise en scène) suivra la lente progression de Woodrow en un reflet parfait des pensées du jeune homme, dans ses moments les plus violents et les plus oniriques (Si toutefois onirisme il y a…) autant que dans ses passages les plus calmes. Et c’est finalement tout ce que le film va s’évertuer à raconter par tous les moyens que le cinéma (et son budget) met à disposition : L’histoire de cette génération de jeunes ados posts 1990 (à laquelle Glodell appartient) désabusée et tiraillée entre les rêves geeks de leurs jeunesses et les réalités de la vie adulte, qui va apprendre à grandir par la force des choses, de la vie, et souvent par quelques coups bien sentis à travers la gueule, qu’ils soient propres ou figurés. L’âge du réalisateur à donné au film son époque, son ton et ses scènes…mais l’histoire pourrait aussi bien être celle de n’importe quel jeune quittant l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte.

A l’image (tout contexte conservé) d’un Breakfast Club en son temps, Bellflower est le portrait d’une génération, brossé au vitriol par un Evan Glodell qui signe à la fois le manifeste, l’essai et le masterpiece. Pour peu qu’il vous ait touché, le film restera même ancré dans votre mémoire pour le hanter des semaines durant. Une jolie claque donnée par un réalisateur prometteur, dont la suite de la carrière se doit d’être suivie avec intérêt.

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