The Hitcher (Robert Harmon ,1986)

★★★★☆

Hitcher est puissant. Hitcher est un road-movie. Hitcher est un film eighties. Quoi, il vous faut plus que ça pour vous convaincre ? Bon…Allons-y alors.

Jim Halsey, jeune homme à peine sorti de l’adolescence, est en route pour la Californie. Par une nuit d’orage, il s’arrête (la bonne poire…) pour prendre dans sa voiture un auto-stoppeur : John Ryder. L’homme est mystérieux, mais ne mettra néanmoins pas plus de dix minutes pour tenter de tuer son hôte, qui l’éjectera du véhicule aussi sec (enfin,façon de parler, puisque nous sommes tout de même sous une pluie torentielle à ce moment.). Commencera alors pour Ryder une longue traque à travers les routes désertiques de l’Amérique. Une traque sans réelle motivation autre que le plaisir de la chasse. Une traque où chacun va apprendre à connaître son opposant. Une traque dont le jeune Halsey ne sortira pas indemne.

Devant la caméra, le film profite du talent confirmé de son casting : C.Thomas Howell, qui du haut de ses 19 ans comptait déjà à son CV des collaborations avec Steven Spielberg (dans E.T., son premier rôle), ainsi qu’un certain Coppola dans le teen movie Outsiders (son second rôle…ça, c’est du piston). Jennifer Jason Leigh, déjà bien lancée également, se faisait remarquer l’année précédente dans La Chair et le Sang (Flesh + Blood, de Paul Verhoeven) aux côtés, déjà, de Rutger Hauer. Ce dernier, dont la carrière se remplit depuis un moment alors, interprête ici un John Ryder diabolique, terrifiant et clairement charismatique, nous offrant l’un des rôles les plus marquants de sa carrière, pouvant être mis sans honte aux côtés du Roy Batty de Blade Runner (Ridley Scott, 1981, pour ceux qui vivraient…dans une autre galaxie.). Mentionnons enfin l’apparition plus anecdotique mais appréciée de Jeffrey DeMunn en policier dépassé par les évènements.

Derrière la caméra, par contre, c’est une autre paire de manche : Robert Harmon à la réalisation, Eric Red au scénario : deux hommes pour qui The Hitcher est le premier long-métrage. Autant dire qu’il leur fallut une sacré paire de bollocks pour diriger tout ce beau monde comme il convient de le faire. On ne peut dès lors que saluer cette première production dans laquelle se fait ressentir le talent des deux hommes dans leurs genres respectifs : Harmon se dirigera ensuite vers la télévision (il réalisera notamment pour le compte d’HBO le passionnant téléfilm Gotti, ainsi que deux épisodes de la série policière Homicide, premières armes du futur David « The Wire » Simon.), alors que Eric Red accouchera au cours de sa carrière de plusieurs autres scénariis à tendance horrifiques, morbides ou simplement trash, notamment le road-romance vampirique Aux Frontières de l’Aube, de Kathryn Bigelow (Near Dark; 1987)

Nous le disions plus haut, The Hitcher est avant tout l’histoire d’une traque. Une chasse à l’homme routière impliquant un jeune garçon et un tueur confirmé. Si John Ryder est dénué de motivations apparentes (celles-ci nous resteront inconnues, et on ne pourra émettre sur le sujet que de vagues suppositions) le réalisateur, lui, sait où il veut emmener son jeune protagoniste : vers l’âge adulte. C’est généralement là que vont tôt ou tard tous les jeunes, me direz-vous. Halsey va apprendre, auprès (ou à cause) de John Ryder à grandir, brutalement et rapidement. Il va devoir se protéger, et il apprendra également de maintes façon ce qu’est l’échec. Enfin, dans une scène finale aussi apocalyptique que les routes du film sont désertes, il deviendra finalement un adulte, point tout a fait logique du parcours de tout être vivant. Si je n’entrerais pas ici dans les détails, afin d’éviter tout spoil éventuel, il m’est toutefois impossible de ne pas rapprocher The Hitcher duDuel (1971) de Steven Spielberg, dont il recycle plusieurs éléments. Le cadre, pour commencer, de ces routes des Etats-Unis désertiques et infinies où l’on peut vivre et mourir sans que le monde n’en ait écho. La traque, ensuite. Plus expérimentale chez Spielberg (puisqu’elle mettait dans la peau du chasseur un camion dont on ne voyait jamais le conducteur, et que sa mise en scène tenait presque du huis clos), elle s’avère bien plus cadrée et explicite chez Harmon, personnifiée par un Rutger Hauer plus habité que jamais. Quant à savoir lequel des deux monstres, de chair ou d’acier, rend la situation plus terrifiante…

Enfin, le dernier élément emprunté à Duel est certainement le plus important,puisqu’il s’agit du thème principal abordé : l’homme en quête de virilité, dans le sens le plus machiste du terme. L’un, Halsey, est un post-adolescent qui doit grandir et quitter l’insouciance de l’enfance (« ma mère m’a dit de ne jamais faire monter d’inconnus » lance t’il à Ryder en le laissant monter dans son auto) pour devenir l’homme capable de lutter pour sa survie. L’autre, David Mann, est un trentenaire confirmé, dominé par une femme autoritaire, qui va, pour survivre à ce camion meurtrier, devoir redevenir un mâle « alpha » capable de se défendre, et d’attaquer plus que de fuir éternellement face au monstre de métal qui le pourchasse. Sans pousser plus loin l’analogie vis à vis du film de Spielberg (Ce n’est pas le sujet de l’article, non mais!), nous noterons finalement que cette quête de la masculinité si chère à de (très) nombreuses œuvres d’hier, d’aujourd’hui et de demain servira de fil rouge au personnage de Jim, amplifié et développé par la personnalité de John Ryder, avec qui le garçon finira par tisser un lien ambigu et paradoxalement implicite, qui ne trouvera clarification que dans les dernières minutes du film. De là à y voir la bonne vieille allusion à la figure paternelle, il n’y a qu’un pas que je vous laisse franchir, si le cœur vous en dit. Le plan final, enfin, nous laisse contemplatif, peut être même vidé, avec le sentiment d’avoir vu un film qui nous marquera à plus ou moins grande échelle..Mais qu’on oubliera pas.

Il aurait pu être insignifiant. Tout au plus un petit film intéressant, mais facilement dispensable. Il est plus que ça, et ne nous leurrons pas, c’est en grande partie à Rutger Hauer qu’il le doit. Hypnotisant, charismatique et fou, l’acteur rend l’oeuvre culte, et Hitcher, devenu un petit classique reconnu avec les années, n’aurait jamais eu le même impact sans sa tête d’affiche. Et si vous en doutez, jetez un œil à sa désastreuse suite (The Hitcher 2 ; 2003) ou encore au remake de 2007…le contraste est éloquent.

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