The Cabin in the Woods – Drew Goddard – 2012

★★★★☆

Le cinéma, horrifique ou pas, se distingue entre autres par les tendances qui le régissent. En effet, vous avez fatalement noté, (surtout vous, gamers de tout poils) que lorsqu’une chose fonctionne, on en mange généralement à la pelle et jusqu’à plus soif, ou du moins jusqu’a ce que le public se lasse suffisamment du genre oour alerter les majors. C’est triste, je sais. Mais c’est ainsi.

Ces dernières années, le cinéma horrifique aime à nous abreuver de deux choses (parmi d’autres, fort heureusement) : le found footage, concept que, je vous l’avoue, je n’ai jamais franchement apprécié, et le film d’horreur/slasher à prendre au second degré, qui généralement joue sur l’omniscience de son statut pour amonceler tous les clichés et codes que le public porte désormais jusque dans son ADN afin de les recracher tels quels, soit pour tenter d’apporter à l’oeuvre un second degré plus ou moins prononcé, soit pour tenter l’hommage pur et dur dans sa forme la plus absolue. parfois réussies (Shaun of the Dead), parfois lourdes (Piranha 3D), ces productions constituent pourtant désormais un secteur bien à part, avec son public et ses codes.

Projet difficile à mettre en branle, il aura fallu cinq ans pour que Joss Whedon (que l’on ne présente plus) et Drew Goddard (qu’un tour sur IMDB vous présentera) voient finalement leur Cabane dans les Bois trouver la porte des salles obscures. De l’écriture du script à l’embauche de jeunes acteurs (tourné en 2009, époque où, rappelons-le, le marteau de Thor n’avait pas encore de propriétaire) pour finalement se heurter à la frilosité des distributeurs, Cabin in the Woods ne fut pas un long fleuve tranquille. Pourtant, petit à petit, le film se tailla un gentil buzz, à coup de critiques élogieuses et d’affiches pleines de catchlines Buffyesques, dans la droite logique humoristique des producteurs/réalisateurs. Et comme le succès, je ne vous l’apprends pas, rends tout de suite plus confiant l’investisseur, (le film aurait même échappé à la conversion 3D de justesse. Nous aussi.) c’est finalement dans notre belle dernière année pré-apocalypse que sort le premier long-métrage de Drew GoddardCabin in the Wood, énième slasher second degré?

Le film s’ouvre sur ce qui semble être un laboratoire. A l’intérieur, deux hommes en blouses blanches discutent (Richard «Six Feet Under» Jenkins, et Bradley « The West Wing » Whitford). On ne comprend pas tout à leur discussion, mais on devine qu’elle est importante. Sans plus nous laisser le temps de nous interroger, le film enchaîne sur nos clichés ambulants (pouffe blonde, intello mâle, intello femmelle, fumeur d’herbe, sportif beau gosse et stupide (un rôle endossé par Chris Hemsworth, qui n’est pas sans rappeler celui d’un autre Avenger, dans un certain Not Another Teen Movie/Sex Academy…ah, ces super-héros!) : le compte est bon, et leur idée aussi : prendre le camping-car de papa pour aller se paumer un week-end au fin-fond des bois, dans un chalet isolé. Hein ? C’est stupide ? Mais non, voyons…

Peu subtile dans son postulat, l’intrigue, telle un joueur de poker virtuel entamant sa première partie réelle, nous bluffera mécaniquement, abattant ses cartes petit à petit pour nous amener à comprendre la situation qui se déroule sous nos yeux. Au milieu de cette ambiance pop-culturelle chère aux deux scénariste se dévoile une gigantesque mise en abime du film d’épouvante revisitant aussi bien l’horreur que le slasher dans toute son entièreté, et les intégrant au sein d’une gigantesque fiction, dans laquelle les deux hommes du début, véritables puppets masters des temps modernes, incarnent les avatars filmiques de Whedon et Goddard. Ces derniers, n’hésitant pas à se lâcher sur l’humour dans les dialogues des deux scientifiques, parviennent brillamment à nous communiquer à la fois leur passion pour le matériau présenté, mais aussi leur goût pour la subtilité des doubles lectures et de l’imprévisible. Car oui, malgré l’amoncellement de clichés, The Cabin in the Woods se révèle bien vite des plus imprévisibles, en jouant sur son humour potâche et sur la diversité des situations au sein (et hors) de la cabane, la surprise naîssant finalement des ressorts amenant ces mêmes clichés qui nous ont tant affligés durant tant d’années, pour mener finalement jusqu’à un climax final tout azimut, presque un véritable fantasme de spectateur à lui seul…et dont l’issue se révèle pour le moins impossible à voir venir.

Véritable manifeste de passionné, The Cabin in the Woods est une comédie horrifique aussi singulière que rafraîchissante, qui permet à Drew Goddard de frapper un grand coup pour son premier long-métrage.Parfois subtil, parfois étonnant, toujours divertissant, le film est dans la droite lignée des productions Whedon et lie l’intelligence de l’écriture à la simplicité du contexte…Et un slasher qui marque par son écriture, c’est quand même suffisamment rare pour être signalé, non ?

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