Dr Horrible’s Sing-Along Blog

S’il y a bien une chose au monde dont je n’avais jamais envisagé de parler sur ce blog, c’est bien de web-séries. Ce sera d’ailleurs probablement la seule fois que je le ferais. Non pas que je n’apprécie pas le format, non, simplement il ne m’intéresse pas. Pas une seconde même. J’imagine qu’il a ses fans, ses admirateurs, mais je n’ai dans le domaine jamais trouvé chaussure à mon pied. Enfin, jusqu’à aujourd’hui.

Ceux qui lisent mes frasques vaguement rédigées depuis un certain temps, ou ceux qui me connaissent un peu plus personnellement savent à quel point j’apprécie Joss Whedon. Ce mec, et ce n’est pas peu dire, est probablement responsable à 50% à lui seul de la passion que je voue aux séries télévisées (l’autre coupable serait, j’imagine, Tom Fontana, mais ne divergeons pas). Bref, disons que j’apprécie, la plupart du temps, les choses sorties du cerveau ou des scripts de Whedon. Pas par fanboyisme, non. J’éxècre Angel, par exemple. Je ne supporte pas Dollhouse, non plus. Quant à sa part de responsabilité dans la création d’Alien 4, ou dans la réalisation de son épisode de Glee, je préfère ne même pas en parler. En revanche, je suis souvent sur la même longueur d’onde que ce type en terme d’humour décalé, très porté sur le second degré et l’omniscience constante de ses œuvres vis à vis de leur propre genre., comme il put en faire toute la démonstration dans son récent Avengers, ou dans sa non-moins vieille production, The Cabin in the Woods.

Si je vous raconte tout ça, c’est parce que le sujet que je vais maintenant évoquer se paye le luxe d’être à la fois une pure prod’ Whedon, et une web-série. Un peu comme si demain, quelqu’un sortait un jeu génial sur une machine dont je n’ai à priori rien à carrer (Qui a dit Bayonetta 2 ?). Preuve qu’il ne faut jamais dire « Fontaine, je ne boirais pas de ton eau. ».Et pas seulement pour ce que la phrase implique, mais aussi parce que sorti de son contexte, ça peut être franchement mal interprêté.

Je m’égare encore.

Dr Horrible’s Sing-Along Blog, c’est une web série de trois épisodes, très courts, qui parle, pour citer son créateur, de :« L’histoire d’un super-vilain de second ordre, du héros qui ne cesse de lui casser la figure, et de la fille mignonne de la laverie automatique à qui il est trop timide pour parler ». Je sais, je sais, c’est déjà alléchant en soi. Mais là où ça devient franchement grand, c’est lorsque l’on jette un œil sur le casting.

Dr Horrible, notre seigneur du malin, est campé par Neil Patrick Harris, le LEGEN – wait for it – DARY Barney Stinson de la série How I Met Your Mother. Lequel garde toute sa classe dans le costard du savant fou timide, foireux, et totalement ancré dans notre époque. Comprenez par là que le bad guy tient un blog vidéo pour relater ses plans, répondre à ses fans et lancer des défis à ses opposants.

En parlant d’opposant, que serait un méchant sans sa némésis perpétuelle, le gentil héros qui vient constamment lui pourrir la vie ? Ici, l’ennemi juré du Dr Horrible est Captain Hammer. Un look de vendeur dans une émission de bricolage, un caractère aussi machiste et irrévérencieux que crétin, achevé par les traits d’un Nathan Fillion plus en forme que jamais font du personnage le super héros risible par excellence.

Reste finalement à donner aux personnages un élément perturbateur, comme de juste une jolie jeune femme, incarnée par Felicia Day. Actrice, scénariste et productrice entrée dans le clan Whedon depuis son rôle de la Slayer potentielle Vi dans Buffy, et pour la web-série sur les MMO qu’elle a créé, The Guild. Autant dire qu’à moins de vous intéresser en profondeur au format et/ou aux seconds rôles télévisés, la jeune femme vous sera probablement inconnue.

En seulement 45 minutes, la série va nous conter l’ascencion au pouvoir du Dr.Horrible désireux d’entrer dans la Ligue des Méchants, autant dire l’Elite du mal. 15 minutes par épisode, nous serons d’accord (si,si) pour dire que c’est peu. Là, survient l’idée du siècle : nous sortir le tout sous forme d’une comédie musicale. Après tout, quel meilleur moyen que la chanson pour raconter, bâtir, ressentir et conclure tout ce que ressent un personnage dans un minimum de temps? L’opération est lancée, le tournage dure une semaine, et Whedon met pour l’occasion tout son crew à la tâche, de sa propre famille pour l’élaboration des musiques à Marti Noxon (scénariste de Buffy & co qu’on ne présente plus) en passant par son grand ami Drew Goddard (le réal’ du récent – et grand – Cabin in the Woods susmentionné), chacun d’entre eux faisant d’ailleurs un caméo tôt ou tard, au détour du show. C’est ce qu’on appelle le contrecoup du format websérie : une liberté totale, au prix d’un budget qui ferait presque de la peine à un indé.

Chaque séquence, du début à la fin de cettre presque-heure, est symptomatique de la façon de produire et d’écrire de son staff. Pop culturel jusqu’à l’ongle, satirique et conscient de son état de parodie, la série joue énormément sur le décalage entre les notions de super héros/super vilain et le monde qui les entoure, désespérément réaliste. A l’instar d’AvengersDr Horrible’s Sing-Along Blog joue avec toutes les armes dont il dispose, allant jusqu’à inverser la symbolique des couleurs (le méchant Docteur est en blanc, le gentil Hammer est en noir.). Les chansons marquent, et traduisent à merveille l’état d’esprit des personnages, rappelant inévitablement le Once More, With Feeling ! De Buffy. Puis, brutalement, la série se clôt d’une manière qu’on aurait jamais pu voir venir. Le dernier plan, la dernière chanson, nous met dans un état presque second où se mêlent amertume, surprise et émotion. La victoire a toujours un prix, aiment à nous enseigner les œuvres du sieur Joss. Une leçon dont l’influence ne serait pas bien difficile à retrouver, l’auteur n’ayant jamais caché son affection pour les comics et pour les histoires qui prennent leur public à contre-pied.

Véritable leçon d’écriture, exercice de style, ou comédie musicale fauchée, Dr Horrible Sing-Along Blog nous offre en moins d’une heure la construction archétypale du méchant parfait, de A à Z, campé par un Neil Patrick Harris brillant et définitivement taillé pour ce genre de production. Une web-série qui m’a pleinement conquis, en espérant une suite, parfois evoquée, jamais officialisée. En attendant, on pourra toujours se rabattre sur la BD sortie en 2010, contant une série d’histoires se déroulant avant les évènements du show.

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