Metal Gear Solid – HD Collection

★★★★☆

Ah, les compils HD…L’envie est forte, mais je vous épargnerais le couplet du « les distributeurs fainéants qui se font de l’argent facile sur le dos des pauvres con-sommateurs ». D’une part, parce que je l’ai déjà fait, d’autre part, parce que toute l’industrie de la culture fonctionne ainsi, et enfin, parcequ’il faut bien le dire, ces rééditions offrent tout de même pas mal d’avantage…mais parfois aussi quelques inconvénients. Plongeons nous donc sans plus attendre dans la version HD (quand même un brin flemmarde) de l’une des plus grandes sagas du jeu vidéo.

Metal Gear Solid 2 – Sons of Liberty HD : The White Snake.

Diantre, ça ne me rajeunit pas. Depuis déjà une poignée de mois (le huit mars, pour être exact), cela fait dix ans queMetal Gear Solid 2 trône sur mon étagère. Ce qui signifie qu’il y a maintenant une décennie de là, à l’heure actuelle, le môme qui rédige aujourd’hui ces lignes revoyait pour la millième fois le trailer contenu dans je ne sais plus quel DVD de démo PS2Mag, ou recommençait la démo japonaise offerte avec Zone of the Enders l’année précédente, attendant de pouvoir mettre la main sur le mag’ officiel de février, puis, quelques temps plus tard, sur THE graal.

Le mag’ en question, depuis rangé quelque part dans une carton, avec ses paires du passé…

Dire que Metal Gear Solid 2 à marqué les esprits tient de l’euphémisme. Pour toute une catégorie de joueurs (et il y en a certainement parmi vous), il s’agit même du SEUL jeu de toute l’histoire du JV qui transcende les codes du média pour devenir un véritable objet de reflexion et de discours. Hideo Kojima, ayant déjà brillé en 1998 pour le premier opus, nous offrait là une claque monstrueuse qui, si elle fut de son propre aveu un élan d’égo disproportionné (et on sait que le bonhomme en a à revendre), n’en demeure pas moins impérissable.

Dix ans plus tard donc, le revoici en High-def, servi par un Kojima trop occupé par ses prochaines envolées Fox Enginesques et lifté/nettoyé/retapé par le studio Bluepoint Games, spécialistes officieux des « HD-isations » Sonypuisque déjà à l’origine de God of War Collection et de Ico & Shadow of the Colossus Collection. Que reste t’il, après toutes ces années, du jeu qui (je l’admets clairement) aura influencé une part entière de ma vie d’adolescent ?

Simplement un soft qui, de la génération passée, montre qu’un chef d’oeuvre (musical, filmique ou vidéoludique) ne vieillit pas. Certes, les graphismes ont évolués. Les animations, le gameplay, sont aujourd’hui à mille lieues des maîtres de l’époque. Pour autant, on ne se brûle pas les yeux, car, il faut bien le dire, le tout reste d’une grande qualité visuelle. Les visages qui nous bluffaient à l’époque par leur crédibilité sont aujourd’hui d’un rendu daté, mais appréciable. La bande-son ? Une merveille de chaque instant. Et bien sûr, plus que jamais, le fond. Le fond de Metal Gear, au delà de son scénario hérité des références les plus bis de son créateur, transcende les générations pour nous offrir une histoire au message éloquent, profond, comme une leçon de vie et de philosophie qui nous frappe en plein visage, portée par une mise en scène aux codes résolument cinématographiques, qui déjà dans le premier opus faisait office de révolution du genre, par une narration maîtrisée de A à Z, et enfin par des idées de gameplay qui aujourd’hui encore fonctionnent incroyablement bien.

Oui, Mgs2 HD n’a que très peu vieilli. Le travail de Bluepoint s’avère des plus honnête, tout en étant minimaliste, et malheureusement en certains points baclés. On sera surpris de voir à droite des pans entiers de textures retravaillés, et à gauche de grossiers (et nouveaux) bugs d’affichage lors de certaines cinématiques. On aura un véritable effet Proustien devant la magnifique séquence de Fatman, et l’on sera atterré de voir que les sous titrages de l’époque n’ont toujours pas été corrigés, et sont donc blindés de fautes. Enfin, on appréciera de voir que c’est ici la version Substance du soft qui est offerte, tout en regrettant que celle-ci ne soit pas la plus complète existante (comprenez par là qu’il s’agit de la version « Xbox » d’époque, et non PS2, cette dernière contenant un mini-jeu de skateboard et un dvd bonus « The Document of Mgs2 » bourré d’artworks et autres.)

Rien à dire, pour un jeu qui a dix ans, ça a quand même méchamment de la belle gueule.

Aucune trace non plus du making-of de l’époque, présent dans la boite du jeu d’origine. Certes, on ne l’attendait pas, mais il est toujours regrettable de voir que contrairement à une version director’s/final/extended cut d’un réalisateur, les rééditions HD de jeux-video ne contiennent finalement pas le moindre supplément. Ces points noirs, d’un côté comme de l’autre, sont bien présents mais ne trouveront condamnation qu’aux yeux des fans et/ou des amateurs. Qu’on ne s’y trompe pas, le soft reste une perle du genre à découvrir sans détour, nettoyée et de très bonne facture…simplement un peu moins brillante que l’originale.

Metal Gear Solid 3 – Snake Eater HD : The Green Snake

La voici, LA clé de voûte de cette compilation. Entre le génial mais daté Mgs2, et le…moins daté et moins génial Peace WalkerMetal Gear Solid 3, sorti originellement en 2005, est de loin le portage le plus attrayant des trois. Malheureusement, il n’est pas le plus réussi, mais nous y reviendrons plus bas.

Metal Gear Solid 3 est une préquelle se déroulant au beau milieu de la guerre froide (1964) et narrant les origines de toute la saga. D’un opus à l’autre, ce sont deux opposés qui nous sont servis. Décors sauvages de jungle et de forêt, de montagne et de grotte, entrecoupés de béton lors des infiltrations dans les bases ennemies. Une histoire d’agents double, de soldats et de contre-espionnage dont la narration et la mise en scène ne cherche même plus à dissimuler les références librement assumées à Sergio LeoneRambo ou autres James Bond, agrémenté d’un discours qui, bien qu’infiniment moins profond que celui de Sons of Liberty, se met au service du récit (et vice-versa) pour nous offrir quelques séquences fortes parmi les plus marquantes de l’univers vidéoludique. Mais l’intérêt, non content d’être ici omniprésent, se trouve plus encore dans le gameplay.

Metal Gear Solid 2, encore aujourd’hui, surprend par l’interaction constante du joueur avec l’environnement. Les vitres portent des impacts localisés, les bouteilles, les verres explosent, les sacs de farine se percent et les fruits eclatent sous les balles…bref, l’univers présenté ne laisse rien au hasard. Snake Eater approndit déjà en 2005 en apportant à son game design une faune et une flore consistante que seuls quelques softs (Red Dead Redemption, Skyrim, pour ne citer qu’eux) ont depuis réussis à égaler ou dépasser. La jungle qui nous est offerte est linéaire, toujours. Les zones sont clairement délimitée, jamais libre (bien qu’on puisse les visiter et y revenir à loisir) et on ne peut qu’avancer pour poursuivre l’histoire. Pourtant ici se trouve la preuve qu’une linéarité de level design ne veut pas forcément dire une immersion amoindrie tant l’environnement présenté vit sous nos yeux. Animaux nombreux (des serpents aux oiseaux en passant par tout un tas de bestioles entre les deux), une flore dense dans laquelle sont récoltables plantes médicinales ou champignons, pluie, boue, eau, neige, sable, et même un cycle jour/nuit suivant la narration contribuent à rentre une jungle « couloir » plus crédible que moult jeux de notre ère. A ce titre, le combat contre The End reste pour beaucoup un exemple remarquable du savoir faire de Kojima Productions dans le domaine. Ajoutez à cela un lifting propre et soigné pour la version HD (certaines textures ont été entièrement refaites, ici aussi) et la caméra libre de la version Subsistence,ainsi qu’en bonus les deux premiers opus de la saga, MG et MG2 : Solid Snake, sortis à la fin des années 80 (et eux aussi repris de la version Subsistence) et vous obtenez là le soft le plus riche de cette HD collection, le plus travaillé, le plus jouissif…

Mais là encore trop baclé dans les détails. On remarquera donc ça et là des bugs, peu gênants pour certains, (le bout de la clope de Snake qui se dédouble lorsque l’on court), et carrément criminels pour d’autres (la séquence Randy Savagedurant le séjour en cellule, est tout simplement passée à l’as pour une raison totalement inconnue). Bluepoint montre ici les limites de son « savoir-faire » en répétant sur les deux softs la même erreur : une esthétique quasi irréprochable en surface et un manque de finition évident en profondeur. Encore une fois, le plaisir de retrouver un soft de grande qualité se heurte pour le fan à un arrière goût amer de bâclé.

Metal Gear Peace Walker HD : The Drunken Big Boss.

Autant le dire tout de suite, histoire de bien mettre le tout à plat : Je n’aime pas Metal Gear Peace Walker. J’y ai joué, longtemps, à l’époque de la PSP, et je l’ai trouvé fondamentalement loupé. Ceci étant dit, attaquons un peu ce portage HD.

MGPW nous place en 1974, dix ans après le troisième opus. Il est supposé être le « lien manquant » de toute la saga. (supposé, parce qu’en fait le scénar est d’une débilité profonde, redondant, et ne devient intéressant qu’à deux minutes de la fin). Au final, nous nous retrouvons avec…un bon jeu, totalement orienté sur la coopération (jusqu’à quatre joueurs) dans une masse impressionnantes de mini-missions à la fois tactique (entre les joueurs) et dynamiques (pour les boss). Problème : le réseau online PSP, en france, n’est pas spécialement développé. Et la machine n’a pas de second stick, ce qui signifie que s’habituer au gameplay très typé « Monster Hunter » necessite pour le pauvre occidental d’avoir des réflexes de japonais.

ça, c’est pas du caméo de tafioles…

De ce point de vue, Peace Walker HD est un réel avantage. La manette, avec son second stick, permet enfin de jouer dans des conditions optimales. La console, avec son Playstation Network (ou XBLA, au choix), permet enfin de s’éclater en coop avec ses potes sans réelles restrictions. A cela s’ajoute le fait que le jeu soit techniquement le plus soigné de la compilation, sans lag ni bug aucun (On imagine que le portage psp > PS3 était plus aisé…), bref, le pied total pour qui aime le soft.

…Le problème, c’est que la réalité nous rattrape aussi, et qu’une fois les deux gros défauts du jeu réglés par l’infrastructure « console de salon », le reste est bien mis en relief. Quel reste ? Un jeu linéaire, répétitif au possible, à l’intelligence artificielle déplorable, au scénario abscon et au système sommaire. Oui, l’idée de la gestion de la Mother Base est grande. Vraiment. Encore eût-il fallu qu’elle soit poussée au-delà de la section ‘R&D’ pour l’équipement, et du mode bataille qui permet de voir ses soldats se foutre sur la gueule dans des effets graphiques proches de l’Amstrad CPC. Oui, la coop, c’est cool. (Enfin je suppose, mes potes étant trop relous pour jouer à autre chose que CoD, et le online de la PSP ne m’ayant permis de tester qu’une fois ou deux) Encore eût-il fallu l’apposer sur une histoire et des personnages qui tiennent la route.

La Mother Base, un bien joli concept malheureusement trop peu exploité à mon goût.

Je vous sortirais bien la phrase toute faite à la mode du « C’est un bon jeu, mais pas un bon Mgs », mais je vous respecte bien trop, cher(s) lecteur(s), pour vous faire ce coup. La vérité, c’est que Peace Walker est un jeu PSPsympathique, mais un jeu PS3 tout juste valable. Quant à être un Metal Gear…Il n’en a que le personnage principal. On comprend certes aisément pourquoi ce jeu prend la place, dans cette compilation, de Metal Gear Solid 1 (par ailleurs offert via un code dans la boite au Japon, absent chez nous). Le marketing ambiant, l’avantage de ne pas avoir a trop poussé le boulot de Hdlift, et le fait de permettre aux joueurs ne possèdant pas de PSP (et même aux joueurs 360, du coup) cette saga on ne peut plus culte. Néanmoins, je vous le dis comme je le pense, et cet avis n’engage que moi : à côté de Mgs 2 et 3Peace Walker, même en HD, fait tâche.

A n’en point douter, Metal Gear Solid HD Collection nous prouve qu’un grand jeu ne vieillit pas. A la manière de ces chefs d’oeuvres sublimés par un Blu-Ray soigné, les trois jeux flatent la rétine, et, dans le cas de Mgs3, rivalisent même carrément avec certains jeux bien actuels. Pour autant, il semble difficile de pardonner les égarements techniques, bugs non corrigés (ou rajoutés) et le sentiment de bâclage par la flemme qui se dégage de ce qui n’est finalement qu’une opération bien mercantile. Ne soyons toutefois pas aigri : il s’agit là d’une excellente façon de faire découvrir la saga à un public toujours plus large, et enfin au public de Microsoft. En cela, il n’y a pas grand chose à condamner. 

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