Assassin’s Creed 3

★★☆☆☆

Après Revelations, je m’étais dit que plus jamais Ubisoft ne m’y reprendrait. Non pas que le jeu fut mauvais, mais simplement qu’après quatre opus à ramasser des plumes et à enchaîner des kills pour la plupart de moins en moins prenants, j’en avais, avouons-le, un peu plein les bottes de ce faux assassin, vrai bourrin. Puis le troisième opus fut annoncé, et avec lui tout plein de promesses aussi aguicheuses qu’une matinée ensoleillée lâchant ses rayons à travers une forêt embrumée…Mais bon. Honnêtement, vous pensiez vraiment que la saga changerait ? Moi, j’y ai cru, un instant. Quel naïf je fais.

The Deer Hunter

S’il y a bien une chose que je ne peux reprocher à Assassin’s Creed, c’est d’avoir toujours su choisir des contextes historiques qui me passionnent. Les Croisades, l’Italie de la Renaissance, et maintenant la naîssance des USA…Rien à dire, la motivation première de l’achat, son attrait est là, et accompagné d’un atout de taille, puisque l’ambiance, musicale et visuelle, teintée d’uchronie, fut à chaque fois réussie. Côté scénar non plus d’ailleurs, pas grand chose à nuancer. Au risque de choquer, la méta-histoire ne m’a strictement jamais ni emballé, ni impressionné. Je lui préfère les storylines, au premier degré, d’Altaïr et d’Ezio, pas toujours forcément écrites de la meilleure des façons, mais néanmoins suffisamment intéressantes pour me donner envie d’aller au bout de chaque opus.

Bonne nouvelle, d’emblée : la storyline de Connor ne fait pas exception. Mieux, la qualité d’écriture se trouve accentuée par quelques ressorts bien trouvés. Le contexte, quant à lui, permet de faire graviter la lutte assassins/templiers autour de la guerre d’Indépendance, période charnière de l’Histoire de l’Amérique, dont les thèmes et les discours sont éculés (même vidéoludiquement, Sieur Kojima étant déjà depuis longtemps passé par là), mais fonctionnent toujours parfaitement bien, ajoutant une corde supplémentaire à l’arc de notre héros métissé. Et Dieu sait qu’il en a besoin, pour remotiver ceux qui, comme moi, se lassent de la saga un peu plus à chaque épisode. L’enjeu était là : il fallait que le « troisième » opus soit celui qui marque le fossé avec la seconde époque. Les petits gars d’Ubi se sont donc efforcé de recréer de la manière la plus vaste et réaliste possible une forêt sauvage…et c’est franchement réussi. Rarement une étendue boisée n’aura été aussi belle, de ses monts neigeux à ses plaines, de sa faune à sa flore. Se promener de branche en branche au gré de nos balades devient un plaisir total, le jeu ne cachant aucunement sa volonté d’afficher une version assassine de celui qui reste pour beaucoup le best game of the gen’Red Dead Redemption. Les développeurs l’ont bien compris : le joueur doit avoir envie de se perdre des heures dans les bois (où « se perdre » prend tout son sens, pourvu qu’on ne se serve pas de la map.), alternant entre pluie, soleil, hiver et grisaille dans des effets de lumière toujours superbes. Paradoxalement, ces zones nous sembleront plus vivantes que les deux villes elles-mêmes, tant elles s’avèrent soignées. Nos pas laisseront des empreintes, et même un sillage dans la neige. Les animaux jouent ensemble, se promènent, et adoptent un comportement certes composé de scripts, mais mille fois plus intelligent et réactif à notre attitude que les divers personnages humains. Un comble ! Ainsi j’ai pu voir deux oursons se courir après, et un autre, adulte, pêcher. J’ai également pu « jouer » avec un loup, sifflotant depuis les arbres pour attirer son attention. J’ai,enfin, observé, adossé au sommet d’un arbre, la marche des soldats britanniques, hésitant à fondre dessus ou, au contraire, à laisser le monde tourner…Au final, certains non-gamers n’ont peut être pas tort : le mieux dans Assassin’s Creed serait parfois de privilégier la promenade champêtre au reste. Parce que sorti de la forêt et de l’effet wahou, force est de constater que, de A à Z, le contenu global est d’une pauvreté assez affolante.

I’m a free born man of the USA…

Je ne vous apprendrai rien, les Assassin’s Creed, malgré leurs structures d’open-world, n’ont jamais permis une véritable liberté d’action au sein de leurs missions. L’infiltration est très balisée, le gameplay n’étant absolument pas fait pour ce genre de jeu, les voies d’assassinats ne laissent que peu de lattitude à nos actes, et jouent plus sur notre capacité à la discrétion que sur le meurtre anonyme et sans bavure. Enfin, que celui qui n’a jamais été désynchronisé pour une raison obscure ou pour une errance de gameplay diverse me jette la première pierre.

Eh bien tout ça, dans ACIII, est de retour, en pire. Rarement on aura vu un tel contrôle sur le joueur dans un open-world. A croire qu’Ubisoft souhaitait illustrer la volonté même des templiers, en excusant absolument toutes les contraintes par le prétexte de l’Animus.

« Attention, Connor ne tuait pas d’innocents. » Bon, rien de nouveau jusqu’ici…

« Attention, Connor dépeçait tous les animaux tués.

– Hey, c’est toi qui joue, ou c’est moi ?

– C’est toi. Mais si tu ne dépèces pas le prochain animal, je te désynchronise. »

Je dépèce donc. Because that’s what Connor does. On s’aperçoit finalement ici, plus que jamais, que l’Animus est devenu un outil très pratique pour imposer au joueur une voie toute tracée. Après tout, Desmond n’est pas censé pouvoir influer sur les souvenirs, ni sur les évènements. Donc, le joueur non plus. De ce fait, toi, joueur, devra te taire et exécuter tous les ordres que nous, développeurs, te donneront, à la manière dont un certain personnage du jeu le rappelle régulièrement à Connor trop peu enclin à obéir. Eh bien personnellement, n’en déplaise à Ubi Montreal, je suis comme Connor : je n’aime pas obéir sans raison, je n’aime pas qu’on me dise d’aller à droite quand j’aimerais aller voir à gauche, Et je n’aime pas qu’on me place une blinde de scripts, d’ennemis ou de barrières en travers de la route pour m’en dissuader. Le message de liberté mené par Connor et ses alliés se voit ironiquement, symboliquement et sûrement involontairement confronté aux volontés de leurs créateurs, des développeurs obsédés par le contrôle de leur monde d’une façon m’ayant rappelé tout le discours des templiers. Plus enclins à tracer une voie droit devant nous composée de plates formes faussement naturelles et de gardes aussi crétins que possible (nous reviendrons sur la non-IA) qu’à nous laisser cette « liberté » dont le héros parle tant. Un aspect du jeu déplaisant qui fut, pour moi, D’autant plus décevant lorsque l’on s’aperçoit qu’une ou deux missions au cours du jeu nous permettent d’aborder nos cibles un peu comme on le souhaite, dans l’approche comme dans la mort, et que cela s’avère franchement génial.

Jamais, dans aucun Assassin’s Creed, je n’eûs autant l’impression d’être non pas guidé, mais prisonnier d’un level design et d’un gameplay rempli de contraintes diverses et non-variées…Car oui, en sus, là où cette linéarité se voyait, dans les autres opus (depuis le 2) paliée par des missions annexes certes un brin répétitives dans le fond, mais relativement diversifiées dans la forme, ce AC III n’en propose que la substance, c’est à dire, entre autres, des assassinats de parfaits crétins tournant en rond autour d’une maison. Et je vous garantis que je n’atténue en rien les faits. C’est ainsi que, petit à petit, je me désintéressai totalement des missions principales, n’en appréciant que les rouages scénaristiques tout en ayant hâte de retrouver une forme de liberté toute relative, au fin fond de la forêt, à gambader joyeusement avec les lapins.

Là, au moins, l’Animus me foutait la paix.

Mais, tout comme dans la vraie vie, il faut bien retourner à la civilisation un jour, ne serait-ce que pour boucler l’aventure.

Un bon point pour la mise en scène : les animations des personnages, faciales et gestuelles, sont d’une grande justesse.

A.S. : Artificial Stupidity

N’y allons pas par quatre chemins : les soldats, dans Assassin’s Creed 3 sont à l’intelligence artificielle ce que Mickey Rourke (que j’adore) est à la chirurgie esthétique. Défaillants de toute part, ils n’auront que trop rarement des réactions logiques, tant les scripts qui les régissent sont sommaires. Avancer, se stopper, attaquer. Vous repérer, accessoirement, lorsqu’ils vous aperçoient là où il ne faut pas, et vous oublier dès que vous disparaissez de leur champ de vision avant que l’alerte ne soit déclenchée. Ils réagissent de manière toute aussi crétine à vos tentatives de diversion (par exemple, j’ai au début du jeu sifflé depuis un coin, le soldat s’est approché pour voir, et est passé deux fois devant moi sans me voir. Je n’avais pas bougé de l’angle), et vous aurez bien de la chance si avec tout ça, l’un d’eux ne bugue pas, se postant à un coin pour ne plus en bouger. (à moins que ça ne soit aussi un script, le « coup du soldat qui scrute le même endroit 1 heure parcequ’il pense avoir vu quelque chose »). Les PNJ lambdas, pour leur part, ne s’en tireront pas mieux, entre les habituels et lourds mendiants, ici des gosses répétant en boucle la seule « phrase » qu’ils connaissent, et les quelques autres personnes discutaillant ça et là tels de vieux disques rayés. On aurait pu croire queUbisoft profiterait de ce nouvel opus pour corriger les quelques défauts de cet aspect on ne peut plus redondant, mais il n’en est finalement rien. Pire, les level design/gameplay ne permettant pas l’infiltration (on ne peut pas se baisser, pas forcément faire diversion partout, les « règles du jeu » ne sont pas claires, tant côté objectif que manette, et sujettes à défaillance, là aussi), la plupart des attaques que l’on aimerait discrètes se verront finalement mille fois plus réalisables en bourrinant et en massacrant, le système de combat ayant lui le mérite de n’avoir que peu été modifié. Comprendre par là qu’il est toujours aussi bien animé, mais toujours aussi propice à l’échec.

Reste finalement le plus merveilleux des outils : le hasard. Effectivement, les deux fois où je réussis une infiltration de fort sans me faire voir, j’eûs plus l’impression d’un heureux coup du sort, ou d’une défaillance de scripts, que d’avoir réellement réussi. Pas tellement gratifiant, et pas tellement cool à jouer non plus…je suis quand même descendu tuer tout le monde, du coup, pour vérifier qu’ils n’étaient pas victimes d’un bug. Vous l’aurez remarqué, je mentionne beaucoup les bugs, depuis le début de l’article. Ceci n’est pas anodin…Parcequ’après l’inintelligence artificielle, il s’agit sûrement de ce qui fut ma plus grosse plaie tout au long du jeu.

Tout n’est pas noir dans ACIII. Ici, c’est même tout blanc. Les saisons apportent vraiment un gros plus.

A Bug’s Life

Ils peuvent frapper n’importe où, n’importe quand. Ça peut être aléatoire, ou dû à un effet du joueur. Les bugs, mes amis, sont une plaie. Et Assassin’s Creed 3 en compile, chez moi et en environ trente heures de jeu, une sacrée tripotée. Que dis-je, un véritable festival ! Je ne pourrai pas vous les citer tous, parcequ’en toute honnêteté, je ne me souviens pas de la moitié d’entre eux. Passons sur certains éléments du décor qui peuvent apparaître à l’arrache. Concevons, également, qu’aucun jeu ou presque n’est exempt de bugs, quels qu’ils soient. Cependant déjà, une nuance : la plupart ne voient pas pour autant leur progression gênée par ceux-ci. De ce fait, j’admets avoir un peu de mal à digérer qu’un jeu à gros budget, développé sur plusieurs années et se faisant la suite d’une si grande saga me balance au visage des armes flottantes, des bugs de PNJ qui meurent en restant figés, debout en position bien connue du « model 3D inanimé » (aka Jésus), des cibles qui se « téléportent » sur le côté lorsque je saute dessus, des sauts que Connor rate, ou qu’il refuse de faire, pour une raison x ou y dûe souvent à une faille du décor, et j’en passe, du plus impressionnant (la mer qui s’ouvre durant les batailles navales) au plus gonflant (le crash pur et simple du jeu).

A sa décharge, le jeu doit composer avec une map considérable, et beaucoup d’éléments à y gérer. Cependant devant une telle armée de soucis graphico-techniques, la question se pose : ont-ils testé le jeu, où l’ont t’ils sorti à l’arrache, adoptant la politique désormais normale de la correction par patch ? Au vu du résultat, le doute m’habite. De moins en moins pardonnables, car de plus en plus lourds et présents, les bugs m’ont véritablement gâché l’expérience, et jouent énormément dans mon déplaisir sur le soft. L’exaspération point alors, n’arrangeant pour ainsi dire pas l’humeur, et entamant pas mal l ‘enthousiasme. Mais quand en plus je dois exécuter les tâches les plus ingrates que le jeu vidéo nous ait offerts, et dont Assassin’s Creed a particulièrement abusé au cours de ses cinq opus, le plaisir, déjà bien entaillé, se transforme en réelle lassitude.

Deux screens parmi une tripotée, pris par mes soins…Peut être qu’une vidéo aurait été plus éloquente, ceci dit.

Once More, Without Feeling.

C’est vrai, je l’admets : Il y a quinze ans, les trucs à collectionner dans le jeu vidéo, c’était cool. Peut-être parce qu’en tant qu’enfant, ça ne me dérangeait pas de récupérer tous les diamants de Spyro. Seulement voilà, les temps ont changé, le jeu vidéo également, votre humble serviteur plus encore, et si voir des choses « collectables » reste une norme aujourd’hui tout à fait acceptable dans les jeux de plate-forme, c’est une autre paire de manches dans un open-world. En clair, récupérer des choses telles que les mouettes dans Gta IV, ou les paquets cachés dans les opus précédents, est désormais une tâche qui me donne par avance des envis de dépression instantanée. Récupérer les drapeaux et plumes dans les précédents AC, en plus d’être inutile, n’apportait par ailleurs que des bonus mineurs. Sans surprises, il est donc parfaitement logique que ceci refasse surface dans ACIII.

A quand un épisode dédié à la piraterie? me gaver de hors d’oeuvres avant le repas, ce n’est pas mon truc…

Plumes, coffres, pages de manuscrits, et tout le toutim sont au rendez-vous pour vous faire bouger d’un point à un autre de la ville, sans intérêt quel qu’il soit, sans plaisir, et parfois sans autre motivation que celle de finir complètement un jeu. Dans les précédents opus, cette redondance de moins en moins relative se voyait néanmoins contrebalancée par d’autres missions annexes, plus divertissantes. Les assassinats, les commerces, ou même les tours Borgia. Qu’en est-il ici ? Eh bien, Ubisoft se permet le minimum syndical. Les assassinats sont réduits, comme je le mentionnais plus haut, à une poignée de PNJ sans aucun autre script que celui d’effectuer une ronde donnée. Les forts se détruiront tous de la même manière, ne changeant que l’approche qu’on en aura (qui sera d’ailleurs souvent bourrine, ou qui ne sera pas.) Les batailles navales viennent apporter un peu de fraîcheur à tout cela, une chose on ne peut plus bienvenue…mais comme le nom l’indique, ce ne sont QUE des batailles. Amusantes au début, toujours superbement réalisées, elles deviendront pour les moins patients (ou les plus exigeants) vite répétitives, tournant finalement autour de deux, trois objectifs répétés en boucle. Les morceaux de carte du Captain Kidd, enfin, seront autant de missions venant remplacer les fameux tombeaux, ici encore dans une version moins passionnante que leurs ainés. Reste pour finir notre domaine, où il sera possible d’aider, via de vraies petites quêtes annexes, les gens qui y vivent, permettant par là même d’approfondir un peu l’histoire de chacun d’entre eux et de nouer des liens.

Au final, si la poignée de nouveautés est tout à fait réussie (la chasse et le domaine en tête, de loin), le traitement réservé aux anciennes recettes pour certaines devenues franchement indigestes nous pousse à penser que finalement, les supprimer purement et simplement ne serait probablement pas si mal.

Que dire de plus ? Assassin’s Creed III enchante pour mieux nous atterrer, et possède chaque fois une force pour deux faiblesses. Techniquement mal fini (en espérant tout de même plusieurs patchs et une optimisation pour les joueurs PC…), et structurellement redondant, le cinquième opus de la désormais grande saga n’a pour lui que sa nature vaste et enchanteresse, et son scénario un brin plus réfléchi qu’à l’accoutumée. Cela suffira certainement aux fans, mais la pillule, pour ceux qui attendaient un produit complet, peaufiné et novateur, risque d’être un peu plus dure à avaler…Ah si, tout de même, il faut le mentionner : la BO reste d’une qualité incroyable.

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