De la TV aux JV : Quand les séries deviennent pixels #3

Des bouses, des navets, des gâchis à n’en plus finir, tel est le lot des adaptations télévisuelles en jeu-vidéo, peut être même au-delà des adaptations de films. Troisième partie de ce qu’il convient d’appeller une visite guidée d’un musée des horreurs, à travers cinq jeux allant des lettres E à H. Enjoy !

E.R.

Titre Alternatif : Urgences

Support : PC

Sortie : 2005

Développeur : Mindscape

Commencée en 1994 et terminée en 2009, Urgences est LA série hospitalière que tout le monde a vu au moins une fois dans sa vie, le mètre étalon indétrônable qui durant 15 ans nous fit vibrer de bien des manières, et dont se souviendra ne serait-ce que pour la révolution qu’elle fut (bien que je ne sois vraiment pas fan du genre) ainsi que pour les premières armes de Georges Clooney. Malheureusement, mon irrésistible envie de digresser des heures sur cette série ô combien passionnante doit être maîtrisée car nous sommes ici pour parler de son adaptation…par le studio des enfers, j’ai nommé Mindscape. (Tremblez, manants!)

Ces amusants bougres, en 2004, firent en effet l’acquisition d’une poignée de droits concernant des adaptations de shows télés divers et variés, à mon humble avis pris au hasard. Law & Order, Urgences, FBI Portés Disparus (nous avons échappés de peu à celui-ci) et même d’autres bien de chez nous tels que Fort Boyard. Bref, Mindscape se préparait à devenir le désastreux auteur de tout ces ratages, dont Urgences fut l’une des premières victimes. Concrètement le jeu est, à l’instar de Desperate Housewives, un sims-like. Sauf qu’il est limité, parcequ’on ne sort pas de l’hôpital comme ça. Notre médecin, fraichement débarqué, devra donc entre nos petites mimines examiner les patients, les uns après les autres…ce qui en terme de gameplay se traduit par l’une des séquences les plus ennuyeuses qu’il m’ait été donné de voir dans un jeu : on arrive en salle d’attente, on sélectionne un patient, on décide si oui ou non on est apte à le soigner (en fonction de notre niveau d’expérience) et si oui, on clique dessus pour le faire bouger jusqu’à une chambre. De là, un ou deux clics suffisent à notre medecin pour le soigner ou s’il échoue, le refiler à un autre toubib plus expérimenté. Chaque cas réussi rapporte un peu d’expérience, et l’on doit surveiller nos jauges de fatigue et d’hygiène. Parcequ’il n’y a rien de pire qu’un doc qui sent la transpiration, c’est bien connu.

Ce qui aurait pu avec un minimum d’ambition être un jeu de gestion certes moindre qu’un Sims, mais tout à fait sympathique (du moins pour les fans, les autres gagneraient plus à aller voir du côté de Theme Hospital) n’est finalement qu’un laborieux jeu développé à l’arrache sans même une once de passion. Je ne sais pas exactement dans quel état d’esprit on bosse chez Mindscape, mais quelque chose me dit que ça ne doit pas être la joie tous les jours…

Sans surprises, Urgences est un ratage de plus, qu’il conviendra de placer où il se doit.

Friends

Titre Alternatif : /

Support : PS2/PC

Sortie : 2006

Développeur : Warner Interactive

Cette fois, ils ont fait très, très fort. Friends est un peu l’adaptation vidéoludique qui repousse les abimes de l’exploitation minable dans ses derniers retranchements, en inaugurant quelque chose qu’on avait pas encore eu l’occasion de voir dans ce dossier. Après le point n’click sans saveur, après le sims-like sans idée, voici le…jeu de société. Profitant du gadget-buzzer de la PS2, Le soft nous propose de jouer entre amis à des modes compétitifs de questions/réponses, entrecoupés de séquences de la série télé. Ici s’installe immédiatement un exemple tout à fait fascinant de « comment emballer vite fait une adaptation minimale pour la vendre à prix maximale.»

Etape 1 : On met tout en VF.questions, réponses, séquences vidéos. Comme ça les fans de la VO l’ont dans l’arrière train, les questions ne font références qu’aux dialogues et anecdotes des versions françaises, et ça évite d’aller chercher plus loin que les chaines de notre beau pays pour pomper les extraits. En option : remplacer les doubleurs des personnages qui nous posent les questions dans le jeu (ici les parents Geller, entre autres) par des stagiaires qui doubleront ça pendant leur pause déjeuner sans être comptés en heures sup’. Ça va plus vite, ça coûte moins cher,et après tout, qui se soucie de la cohérence d’une voix ?

Etape 2 : On incorpore au jeu le minimum de choses jouables :  deux modes de compétition, les plus éculés et classiques, même pas dignes d’un bon Burger Quizz. Il ne faudrait quand même pas qu’on se creuse la tête.

Etape 3 : on doit rendre le jeu accessible à tous, néophytes autant que fans. Donc, on met des questions d’une simplicité telle que même un chimpanzé n’ayant vu qu’un épisode au hasard pourra y répondre, et à côté on met une question dont seul quelqu’un qui aurait vu tous les épisodes de la série 50 fois (et encore) aurait la réponse. Comme ça, pas de jaloux…Et pas de demi mesure non plus.

Enfin, on emballe ça sous un montage photoshop crasseux (sûrement fait par le même stagiaire qui doublait plus tôt dans la journée) et on envoie, direct dans les grandes surfaces.

Vous trouvez ça inadmissible ? Moi aussi. Sûrement le pire traitement possible qu’on puisse faire subir à une série de ce niveau. Next !

Grey’s Anatomy

Titre Alternatif : /

Support : PC/Wii/DS

Sortie : 2009

Développeur : Longtail Studios

Que serait une série fondatrice d’un genre sans la masse de copies, émules, plagiats et héritiers à sa suite? Ainsi, après le succès d’Urgences, nombre de shows tentèrent de pomper la recette gagnante, et bien sûr aucun, jamais, ne l’égala. Grey’s Anatomy fut néanmoins celle qui s’en sortit le mieux, en terme d’audiences en tout cas. 9 saisons plus tard, la série ne désemplit pas, et sa qualité de programme tout public à mi-chemin entre le soap et la médecine bas de gamme ne fait chez moi qu’enfoncer un peu plus les clous d’un cercueil estampillé ABC. En 2009 sort un jeu. Edité parUbisoft (qui doit avoir un contrat avec la chaîne, puisqu’ils ont également massacrés Lost plus ou moins à la même période), celui-ci se pose comme un récit interactif, entrecoupé de minis-jeux (séduire un proche, régler un problème médical, etc) et plaçant la narration de ce fait au plus proche de ce qu’est la série, alternant les personnages et nous proposant de les faire évoluer au gré de nos choix (très limités tout de même).

Le rendu a beau ne pas être des plus convaincants, on ne peut pas qualifier Grey Anatomy : The Game de mauvaise adaptation. Les personnages, dans un style cel-shaddé, sont relativement agréables à l’oeil, malgré des animations plus sommaires qu’un jeu flash. La pauvreté du gameplay et de l’aspect ludique, totalement assumé permet au fan de se plonger dans l’univers qu’il apprécie et mieux, de le voir retranscrit avec une certaine fidélité. Pas de doute, s’il ne s’agit pas d’un bon jeu, l’adaptation,elle, fait mouche.

Hercules : The Legendary Journeys

Titre Alternatif : Hercule

Support : N64

Sortie : 2000

Développeur : Titus

Eh oui, les années 90, c’était AUSSI l’époque de Hercules et Xena. Véritable volonté d’afficher une épopée digne d’un péplum, la série Hercules (nous reparlerons de la belle Amazone quand son tour viendra, dans les X) était en fait, comme beaucoup de séries d’action de son temps, une gentille succession de one-shots faits d’affrontements mal filmés, d’effets spéciaux très douteux, et d’acteurs aux jeux très approximatifs. Durant la même époque, à peu de choses près, un éditeur/développeur de JV désormais disparu s’affairait à adapter une foule de licences, ou à éditer les adaptations de développeurs tiers, convaincu qu’un nom sur un jeu même moisi pouvait bien vendre. Ils s’appelaientTitus Interactive, ils sont morts en 2004, et On peut sans trop se tromper les qualifier d’ancêtres psychologiques deMindscape.

Hercules, l’adaptation éponyme sortie en 2000 (soit un an après l’arrêt du show, comme toute bouse souhaitant étirer la corde qui se respecte) nous fait donc incarner un Kevin Sorbo digitalisé dans un jeu d’action/aventure pas si laid que ça, pas particulièrement injouable, mais profondément creux. Le strict minimum est fourni côté musique et mise en scène (des textes, images figées, pas de dialogues) et on aura très vite beaucoup de difficultés à rester concentré devant un jeu qui, en 2000, singe péniblement à sa sauce la claque que fut Zelda Ocarina of Time deux ans auparavant. DeHercules aujourd’hui, il ne reste rien : Titus a coulé, la série est oubliée, et ses acteurs bénéficient désormais de rôles si mineurs que les y voir nous désole pour eux. Quitte à rester sur le thème mythologique, préferez-lui Herc’s Adventure, un vrai bon jeu qui tue bien comme il faut !

House M.D.

Titre Alternatif : Dr House

Support : PC/DS

Sortie : 2010

Développeur : Legacy Interactive

Je n’aime pas House, mais ça, vous vous en foutez pas mal. Passons donc outre mon aversion pour les enquêtes médico-reloues du néanmoins très brillant Hugh Laurie pour jeter un œil d’emblée sur le CV de l’adaptation : Développé par la team derrière le superbe Arabesque…Edité par Mindscape. Bon. Pas besoin d’en dire plus, je crois. Si ? Vous y tenez, vraiment ? Bon, bon, ça va…

House M.D. Nous propose de suivre certains cas mystérieux, comme dans la série, en alternant puzzle games idiots et phases de réflexions qui nous prends littéralement pour des buses. Son style graphique emprunte énormément à celui du jeu Grey’s Anatomy (je ne crois pas aux coincidences) à ceci près que les développeurs ont ici pris un soin tout particulier à dégueulasser le rendu, et à trouver à chaque fois les mimiques les plus crétines dont sont capables les personnages. C’est simple, je crois qu’en 2010, il est juste impossible de trouver un jeu qui soit plus laid que House M.D., indépendants compris. Au delà de ça, on s’ennuie bien sûr fermement, certaines idées étant directement recyclées des point n’click du développeur que nous évoquions plus haut. Une honte pure et simple.

C’est ici que se clôt la troisième partie, qui a le mérite de ne pas rééditer le volume de la précédente. Cinq jeux, tous médiocres, voir pires…aucune surprise ici, c’est là ce que les développeurs les plus bas de gammes disposant des licences les plus juteuses sont capables de nous offrir. Le prochain article ira de K à P, et commencera par l’adaptation en 3D d’une série culte des années 80…je vous laisse chercher, et à bientôt !

Pour les autres parties, voyez dans la section « Dossier » de ce blog!

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