De la TV aux JV : quand les séries deviennent pixels #6 (Fin)

Dernière partie consacrée aux séries en jeux. Enfin, nous en voyons le bout ! Au programme, les S/W/X, cinq jeux qui pourraient surprendre par la qualité de leur narration et de leur technique sous bien des aspects, et qui… Non, je déconne. Il n’y a en réalité qu’un jeu sur les cinq qui peut se targuer d’être une adaptation « passable ». Et si vous êtes un peu familiers du genre, vous savez déjà duquel il s’agit… Pour les autres, on inspire fort, et on replonge une dernière fois. Courage, vous tenez le bambou !

 

The Shield

Titre alternatif : /

Support : PS2 / Xbox / PC

Editeur / Développeur : Empire Interactive / Point of View

Sortie : 2007

Télévisuellement parlant, The Shield fut une véritable claque dans la gueule des séries policières des années 2000 : A contrepied des trop nombreuses séries policières toutes calquées sur le même modèle, La série de FX nous fait suivre le quotidien d’une brigade anti-gang expérimentale à la limite de la légalité (voir parfois carrément hors) dans l’un des pires quartiers (fictif, mais tourné à en grande partie sur Echo Park) de Los Angeles. Largement inspirée par les sombres affaires de corruption qui ternirent la réputation du C.R.A.S.H. (et dont le Tenpenny de Gta : San Andreas est par ailleurs une autre jolie illustration, dans notre médium cette fois-ci), The Shield est un show sans concession, à la fois coup de poing, dynamique et violent, faisant plonger le spectateur dans une descente aux enfers qui ne laisse sur sa route personne indemne. Son final est par ailleurs resté dans les esprits comme l’un des plus incroyables que nous ait offert le petit écran.

Porter un concept comme celui de The Shield en jeu vidéo me laisse rêveur : des interventions policières dans milieu urbain qui ne ferait pas tâche chez Rockstar, une ligne jaune entre bon flic et ripoux que chacune de nos actions (si c’est fait intelligemment) ferait vaciller, et des réactions/storylines en conséquence…En fait, tout ce qu’aurait été Sleeping Dogssi les développeurs avaient retenus, améliorés et approfondis les mécanismes déjà intéressants (mais baclés) de True Crime 2. Au placard les rêves, tournons-nous vers le factuel : The Shield, est un ratage comme on en voit rarement. Vous trouviez Alias ou 24 peu reluisants ? Eh bien le jeu ici présent est pire. Sorti en 2007, il prend place vraisemblablement entre les saisons 3 et 4. Une Strike Team sur le point d’être démantelée, Vic n’a pas dit son dernier mot, veut faire un dernier gros coup, blablabla…nous ne sommes pas ici dans la demi-mesure, l’enjeu est clairement criminel, plus proche du « Al Capone with a shield » que du flic pas si enfoiré que ça que la série nous dépeint. Qu’importe, le script a dû être décidé sur un coin de table ronde, à peu près trente seconde avant que toutes les idées de gameplay n’aient été trouvées. Des idées très originales, d’ailleurs. Jugez plutôt : une succession de niveaux remplis de phases de shoot, de combats à mains nues, d’infiltrations totalement alétoire (la marque des mauvaises adapt’, semble-t-il), de recherches d’indices dignes des jeux Derrick et Arabesque (je vous renvoie donc aux parties dédiées), et d’interrogatoires…dont l’idée fut plus ou moins reprise à l’identique dans Splinter Cell Conviction. C’est sans surprises que vous aurez également le plaisir de retrouver rigidité, errances de gameplay et concepts en roue libre à l’image de la jauge bon flic/ripoux, qui existe bel et bien ici, mais ne sert strictement à rien.

Reste les dialogues, plutôt bien doublés et pour ce que je pus en supporter clairement dans le ton de son modèle. Un gâchis de plus, donc. Je peux même plus feindre la surprise.

The Sopranos

Titre alternatif : Les Soprano

Support : PS2

Editeur/Développeur : THQ / 7 Studio

Sortie : 2007

Je ne sais pas trop par où commencer, avec celui-ci… Dénoncer le fait qu’avec le soft juste au-dessus, il s’agit du second chef d’oeuvre télé gâché en 2007 ? Rire nerveusement en voyant qu’il fut annulé sur 360? Sortir une corde, un flingue, chopper un développeur et lui faire regarder l’intégrale de la série de force pour lui faire entrer quelques idées intelligentes dans le crâne ? Non, soyons calmes et pondérés : évoquons d’abord les choses les plus agréables de l’affaire.

The Sopranos fait partie de ce saint quator HBO diffusé de la fin 90 jusqu’au milieu des années 2000 (avec OzSix Feet Under et The Wire), chacune de ces séries ayant été acclamée et saluée comme des monstres d’écriture et d’intelligence narrative à tout point de vue. C’est aussi, avant d’être une fresque mafieuse sur six saisons, le formidable portrait social de la famille (italo) américaine lambda, avec tout ce qu’il faut de portée psychologique et philosophique sur le sujet. C’est également les thèmes de l’héritage familial, de l’amitié, du respect des anciennes valeurs dans un monde résolument en pleine mutation (tant d’un point de vue social que criminel, pour le coup) ou même tout simplement de l’impossibilité de maintenir son petit monde à flot sans une énorme dose d’abnégation, voir d’hypocrisie pure. Vous l’aurez compris, il s’agit là d’un des quatre segments HBO qui nous dépeignent l’Amérique, la société et l’être humain comme aucune série ne l’a fait auparavant, ni n’a réédité depuis.

Difficile, sur un tel sujet, de tirer des idées suffisamment valables pour un jeu intéressant. Des séances de psys dans le cabinet du Dr Melfi ? Un point n’click dans la veine de Walking Dead ? Peut-être un jeu de gestion, à la limite, où dans la peau d’un Tony Soprano déjà au sommet, nous aurions eu tout le loisir de gérer les commerces, les rentrées et sorties d’argent, les membres de notre équipe, les relations familiales et professionnelles, avec diverses issues à la clé, et autres joyeusetés… En clair, rien de moins qu’une simulation d’organisation criminelle. Oui mais voilà, THQ ne l’entendait pas de cette oreille, et les développeurs non plus, visiblement . Pourquoi faire compliqué et intelligent quand on peut reprendre ce qui se fait à côté et en tirer une pâle copie ? Cette devise de l’éditeur se retrouve donc ici. The Sopranos : Road to Respect singe Le Parrain d’Electronic Arts, déjà bien peu brillant : des règlements de comptes, du saccage de commerce, des cinématiques, du poker, un héros tiré de nulle part (ici le fils d’un des personnages principaux du show désireux de se faire un nom dans la famille…on ne nous l’a jamais faite), et un vague lien avec les éléments de la série pour faire fan-service jusqu’au bout. On mentionnera à la limite la notion de respect, traduite ici par la possibilité de répondre différemment aux questions, ceci ayant une vague influence sur la suite des évènements… Mais rien de réellement probant, une fois de plus. Raté, assurément.

Ah, sinon, puisque nous sommes dans le sujet, le studio Kalypso (Tropico, tout ça) sort d’ici une poignée de joursOmerta – City of Gangsters, un jeu de gestion criminelle prenant place durant la belle époque de la prohibition. Certes, on s’éloigne du sujet, mais après tout, la série Boardwalk Empire est aussi signée Terence Winter… Comment ça, il ne s’agit pas d’opportunisme ?

 

The Walking Dead

Titre alternatif : /

Support : PC/PS3/360

Editeur/Développeur : Activision/Terminal Reality

Sortie : 2013

Previously dans cet article : « Comment ça, il ne s’agit pas d’opportunisme ? »

En 2012, une leçon importante nous fut inculquée par une petite poignée d’hommes. Celle-ci concerne l’être humain, livré à lui-même dans un monde sans pitié, où chaque erreur peut lui être fatale, mais où tous ont leurs chances. AinsiTelltale nous a appris que le monde de l’adaptation se divise en deux catégories : Ceux qui ont des couilles ET un cerveau, et ceux qui n’ont ni l’un, ni l’autre. Les humains d’un côté, les zombies de l’autre. Les leaders, les suiveurs. Bref, vous avez compris le message : Après la gifle Walking Dead, adaptée très librement de l’univers éponyme, voici l’adaptation pas du tout libre de la série télé. Une série très moyenne – ce n’est que mon avis, rangez vos fusils – qui passe son temps le postérieur en équilibre entre deux chaises, entre suivi de la trame de la BD et tentative de s’en dissocier, entre un casting à la rue (et je ne dis pas ça pour les zombies) et quelques séquences franchement bien foutues, et entre débilité scénaristique et paris osés. Le terme « pari » d’ailleurs , Activision l’a banni de son lexique, puisque son jeu (sous-titrée Survival Instinct) sera un FPS prenant pour héros les rednecks Merle et Daryl, dans une histoire permettant de ne pas se perdre ni en palabre, ni en neurones. Au moins ont-ils su identifier quels acteurs faisaient les moins tâches de tout le cast… Hey, je cherche du positif là !

C’est à peu près tout ce qu’on peut dire du jeu pour l’heure. Il ne semble pas très au point techniquement, et on ne voit pas bien ce qu’il pourrait apporter à une génération surdosée de zombies depuis de nombreuses années. Annoncé en juillet 2012, il sort en mars, cette année. Qui sait ? Peut-être que The Walking Dead : Survival Instinct parviendra à convaincre et fera même de l’ombre à celui de Telltale !

Non, je n’en pense pas un mot.

 

Xena : Warrior Princess

Titre alternatif : Xena, la guerrière

Support : PSOne/N64/GBC

Editeur/Développeur : Titus

Sortie : 1999

 

Je pense que c’est un fait admis, reconnu et dont on ne se cache plus depuis déjà bien longtemps : la quasi-totalité des mômes, post-ados, ados et pré-ados masculins qui ont grandis dans les années 90 ont regardé Xena pour la seule et unique présence de Lucy Lawless et son…regard. Si, si, je vous jure, son regard est bien tout ce qui me subjuguait à l’époque. Et c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui.

BREF !

Xena, c’était risible. Pitoyable, même. Mais le fait de voir Lawless remplacer Kevin Sorbo dans une série mythologico-tiep suffisait à son audience. Pourquoi pas, me direz-vous, certaines séries perdurent et n’ont même pas cela à offrir. Evidemment, le sujet était trop beau pour ne pas réussir à en tirer quelque chose dans une version pixellisée. C’est vrai, après tout, quand on voit ce que des gens mal intentionnés sont capables de faire avec une série intelligente et plutôt lente (The Sopranos, plus haut), on imagine aisément à quel point une série qui a déjà un univers et des combats qu’il n’y a plus qu’à pomper tels quels représente pour eux du pain béni. Et c’est donc le studio Titus qui fit main basse dessus aux alentours des années 2000. Titus, pour situer un peu à ceux qui ne connaîtraient pas, c’est la traduction française de « Davilex » : des gens morts au milieu des années 2000, porteurs d’un CV de développement pas glorieux du tout (au hasard, Superman sur N64 ou L’adaptation de La Zoubida, c’était eux), et dont on se souvient souvent avec un rictus incontrôlable sur les lèvres. Ils étaient néanmoins (un peu) moins honteux que leurs homologues collègues allemands.

Xena en JV, sorti en 1999 sur PSOne et Nintendo 64, est donc un beat them’all / aventure laid, pas très jouable, pas très intéressant dont j’ai presque honte d’admettre qu’y jouer à l’époque ne me déplaisait pas. Que voulez-vous, on est moins regardants lorsqu’on est jeune, et puis c’était amusant de pouvoir diriger le chakram, et tout, et tout… Je cherche des excuses, oui. Vous affronterez tout le bestiaire de la série pendant que Xena poussera ses habituels cris stridents (qui pour une fois n’ont pas spécialement l’air orgasmiques, notez bien cette rareté du jeu vidéo, d’antan ou moderne), des minotaures aux amazones en passant par un cyclope géant : tout un programme que je vous conseille de délaisser pour privilégier un vrai bon jeu mythologique, au hasard Herc’s Adventures. Un second opus verra le jour en exclu sur N64, au moins tout aussi pitoyable, et même une déclinaison en 2001 sur Game Boy Color, plagiat raté et agonisant deZeldaXena, en jeu et en série, ce n’est vraiment pas du joli.

 

X-Files

Titre alternatif : /

Support : Playstation/PC/Mac/PS2

Editeur/Développeur : Electronic Arts/Hyperbole Studios

Sortie : 1998

Neuf saisons, des enquêtes entre horrifique, paranormal, surnaturel et science fiction, Duchovny et Anderson, un générique inoubliable : X-Files reste aujourd’hui encore l’une des séries les plus emblématiques de son temps, pour son ambiance plus que pour ce qu’on en retient, et ce même lorsqu’il fallut aux plus tenaces des téléspectateurs une suspension d’incrédulité de plus en plus conséquente pour continuer à tenir la distance. Plutôt révolutionnaire, la série estampillée FOX aura pesé lourd dans la balance, et l’on retrouve ses échos jusque dans certaines séries plus récentes. Un tel succès n’aurait bien entendu su rester sans adaptation annexe, et en 1998 sorti sur PC (puis un peu plus tard, sur PSOne) un jeu X-Files, au concept bien atypique pour une adaptation, puisqu’il s’agit d’un point n’click« live ». En effet, contrairement aux autres baclages du genre, point d’écrans statiques et dessinés grossièrement façon jeu flash, ici : toutes les séquences sont tournées comme des scènes d’un épisode de la série, avec les acteurs, l’ambiance, la caméra et tout le toutim.

Cette petite touche semi-réussie suffit d’emblée à faire entrer le jeu (au demeurant sympathique, mais plutôt moyen, tant dans la scénarisation que dans les énigmes et le gameplay) dans les mémoires, et lui vaut d’être régulièrement nommé ici et là au cours de débats divers et variés. Enfin, en 2004 sort un second opus, exclusif à la PS2, et cette fois-ci bien moins original : il s’agit d’un bête jeu d’enquête vaguement libre, à la manière de Broken Sword 3. Moche comme douze pékinois, rigide comme un cadavre et chiant comme un film de Soderbergh post-2000, celui-ci n’aura pour lui que l’idée déjà éculée de nous faire vivre la même aventure sous deux angles différents selon si on incarne Mulder ou Scully. A oublier.


Conclusion :

Gâchis. C’est le mot qui m’est revenu le plus souvent en tête durant la rédaction de ces très longs posts, devant ces screens, ces phases de jeux, ces révisions de scripts et ces recherches. Un immense et profond gâchis devant des matériaux qui souvent ont les concepts déjà tout prêts dans leur modèle d’origine, qui reposent de surcroît sur une narration PARFAITE pour être transposée en jeu vidéo (des histoires longues, souvent posées, bourrées de dialogues), et qui finissent généralement massacrés sur l’autel d’une bande de majors désireux de boucler ça en deux temps trois mouvements pour profiter d’une hype passagère. Rien de nouveau, me direz-vous, et en attendre autre chose aujourd’hui, pour une adaptation de séries ou de films, serait bien naïf, pour ne pas dire totalement con. Et pourtant, lorsque je vois ces histoires, ces univers parfois très étoffés, et ces personnages hauts en couleurs du petit écran, je ne peux m’empêcher de rêver : si le traitement était moins méprisant, plus abouti, plus réfléchi, nous aurions avec le pouvoir du cross-média de véritables chefs d’oeuvres. A se demander si nous aurons un jour une adaptation de série télévisée réellement digne d’être nommée sans mépris et honte…

Fin de ce dossier donc, pour lequel je pris autant de plaisir à la recherche et à la redécouverte de certaines choses passées que de douleur devant certains des résultats les moins glorieux. Un dossier qui se ferme, mais qui ne se scelle pas, puisque comme je le disais ailleurs, y seront bientôt ajoutés d’autres articles sur les petits oubliés de la procédure, tels qu’un certain Time Lord, au hasard…

Puis l’avenir est encore à écrire, et avec lui, d’autres adaptations viendront nous faire vomir, pleurer, et a coup sûr saigner.

 A bientôt !

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