Evoland – Hommage en pixels mâchés.

★★☆☆☆

La scène indépendante est depuis déjà un bon moment maintenant l’occasion pour les développeurs débutants autant que confirmés de se (re)lancer dans le milieu du jeu vidéo en toute liberté, sans contraintes ni impératifs autres que les leurs, afin de faire valoir leur créativité. Des idées qui, si elles ne se valent pas toutes, brillent parfois par leur inventivité permettant de redéfinir totalement un genre (Fez), ou de réaliser un hommage sans fautes capable de mettre à l’amende tout ceux dont il s’inspire (Super Meat Boy). Mais pour deux grands jeux, combien de cassage d’oeufs ? Combien d’entre eux restent désespérément à l’état de concept, ne parvenant jamais à réellement concrétiser l’essai au sein d’une œuvre complète, et ne tenant ainsi jamais la promesse originelle? Aujourd’hui, retour sur Evoland, un jeu fait avec un véritable amour du RPG, qui aurait pu être bien plus encore.

Dessine-moi un Moblin.

Je l’admets volontiers, et jamais ne dirai le contraire : Evoland m’a dès ses premiers instants (l’année dernière, dans sa version gratuite développée en 48h au sein d’une compétition) et jusqu’à sa fin dans sa version actuelle, charmé par sa direction visuelle et artistique, et par son concept. En prenant pour cœur l’évolution du RPG de ses balbutiements à aujourd’hui, l’équipe de Shiro Games tenait une idée fort sympathique. En effet, nombreux sont les jeux à tenter l’hommage, le retour aux sources plus ou moins (souvent moins, ne nous en cachons pas) inspiré. Mais combien tentent d’intégrer cette composante non seulement à leur gameplay, mais aussi à absolument tous les éléments visuels, sonores et techniques de leur jeu ? Aussi, comme dans une attraction de fête foraine, on appréciera cette promenade dans l’histoire d’un pan du jeu vidéo autant que dans nos propres souvenirs, pourvu que l’on soit un joueur de longue date. On se souviendra de l’écran monochrome de nos illustres gameboys, qui aura accueilli un Link’s Awakening devenu mythique. On constatera les apports indéniables des différents supports audios, et des résolutions qui se sont au fil des ans succédées sur nos machines. On s’amusera enfin des parodies et détournements de lieux, noms ou séquences célèbres du RPG qui perlent à chaque coin du jeu comme autant de témoins de d’une passion évidente des développeurs vis-à-vis d’un genre qu’ils ont parcouru en long, large et travers.

Mais cet aspect référentiel, aussi important soit-il pour la mise en scène toute en légéreté de l’oeuvre, ne saurait être le seul pilier sur lequel celle-ci se repose, au risque de la voir taxée de simple melting-pot sans inventivité tout juste bon à faire replonger quelques gamers dans leur enfance. Pas de doutes, pour être un jeu plus marquant que marqué, il fallait qu’Evoland évolue, et dépasse le stade de sa « simple » idée thématique pour devenir un jeu à part entière, capable d’exploiter ses éléments au sein d’un gameplay solide, cohérent et intéressant. Bref, il fallait qu’il dépasse son« Mirror’s Edge syndrome » (mais si, vous savez, le coup du «c’est une bonne idée, mais pas assez bien exploitée). C’est malheureusement là que le bât blesse…

RPG m’écoeure.

Car une fois récoltées – assez rapidement – toutes les améliorations techniques essentielles qui feront de Evoland« Black & white 1990 » un Evoland HD dans l’air du temps, préparez-vous à… pas grand chose de passionnant. Un RPG classique de chez classique, et répétitif comme seuls les combats aléatoires d’un Final Fantasy enchainés depuis des dizaines d’heures peuvent l’être. Certes, on alternera les styles de jeu en passant d’un gameplay de combat au tour par tour à un Zelda-like, et vice-versa, avant de s’orienter vers le hack n’slash, pour revenir au tour par tour, glissant d’un donjon à thème (l’épée, les bombes, l’arc) à une plaine où les combats inévitables seront légions, à un autre donjon dont l’idée (alterner la 2D et la 3D pour progresser) nous fera espérer peut-être une surprise, un jeu plus long qu’on ne le pense où ce genre d’idée jouant sur le rétro-néo donnera lieu à nombre de puzzles et d’énigmes (oui, bon, laissez ma naïveté en paix, je vous prie) tous plus inventifs les uns que les autres. Et finalement, non. Le joueur sort du donjon, et jamais plus ne reverra cette bonne idée qui n’aura été qu’un coup « pour voir », alors qu’il se dirige vers une fin qui surviendra rapidement, le jeu pouvant se boucler en deux à trois heures. Dès lors, la perplexité teintée de déception s’installe. Affichant un clair manque d’ambition (entre collectionnite inutile – dans un jeu aussi court, était-ce sérieusement un poncif judicieux ? – et reprise des concepts les plus basiques du RPG sans, par exemple, profiter de l’évolution pour gommer petit à petit les récurrents défauts du genre) et de moyens pour être le jeu à la mesure de son concept, Evoland ne semble être en l’état que la version de luxe de son format d’origine, où la forme patchwork si plaisante évoquée plus haut peine à apparaître comme autre chose qu’un maladroit cache-misère dissimulant la vacuité globale du titre.

Après nous avoir enchanté en tant que grand vainqueur de la Ludum Dare  2012Evoland laisse un goût amer doublé d’une douche froide en ne se montrant dans sa version commerciale jamais à la hauteur de son premier effet. Le jeu se termine avant d’avoir décollé et tire toutes ses cartouches bien trop vite, le plaisir de la première moitié se transformant en une profonde et lourde lassitude sur la seconde. Dès lors, le dilemme s’impose. Comment traiter un tel jeu ? Avec indulgence, pour le premier projet commercial d’un tout jeune studio ? Avec sévérité, envers un jeu qui aurait pu tenir ses promesses, s’il eût été mieux maîtrisé et plus ambitieux ? En tous les cas, Evoland est l’illustration parfaite d’une vieille et cruciale leçon : aussi originale et prometteuse puisse-t-elle être, Une bonne idée mal exploitée ne donnera bien souvent qu’un résultat en demi-teinte. Un jeu qui pourrait néanmoins convenir à quelques nostalgiques en quête de trips rétrospectifs, si ceux-ci ne sont toutefois pas rebutés par le tarif un brin élevé.

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