Man of Steel (Zack Snyder; 2013)

 

Zack Snyder est un homme qui divise, mais un réalisateur auquel il est difficile en tant que geek (Dieu, je hais ce mot) de ne pas s’attacher. Passionné et pas manche pour deux sous, le monsieur s’est vu confier par la WB le reboot du second plus gros mythe de l’écurie DC Comics, celui de Superman. Une œuvre cruciale, puisqu’elle déterminera un peu à elle seule des épaules dont disposera ensuite le studio pour nous envoyer en pleine face son Justice League of America. L’homme d’acier finalement broyé par la machine Hollywoodienne ? Avis à chaud de votre humble serviteur, plus bas.

De l’Homme à la Légende

Ce n’est une nouveauté pour personne : un trailer, suivant comment il est monté et ce qui y est montré, peut vendre à peu près tout et n’importe quoi à partir de n’importe quel matériau. Ceux de Man of Steel, les premiers en tout cas, laissaient clairement entrevoir une influence Malickienne dans les plans de Zack Snyder, des plus contemplatifs. On nous y montrait alors un Clark Kent plus qu’un Superman, l’homme avant le surhomme. De quoi faire espérer un film visuel, plus proche du film d’auteur que du blockbuster. Plus proche en somme, de Nolan que de Snyder. La production aura même joué habilement sur les noms dans un premier temps, éclipsant aux yeux du public un David S.Goyer que peu connaissent pour mettre en avant un Christopher Nolan (et son frère) qui sort tout juste de ce que certains qualifient déjà comme la plus grande trilogie de super héros jamais vue au cinéma. A tel point qu’il aura fallu calmer les ardeurs du public régulièrement : Oui, le clan Nolan participe à l’écriture, mais c’est bel et bien Zack Snyder qui reste aux commandes de tout le bordel. Un Snyder dont le Sucker Punch, deux ans après sa sortie, continue d’abreuver de réguliers bains de sang verbeux sur la toile. Un Snyder qui, s’il n’a plus rien à prouver du côté de la réalisation et de la photographie, se montre bien moins reluisant lorsqu’il s’agit de raconter une histoire ou de développer ses personnages. Entre la liberté totale, débridée de son précédent film et le copié collé balisé à l’extrême d’un Watchmen, on est alors en droit de se demander si le réalisateur trouvera un jour le juste équilibre qui lui permettrait de respecter le cahier des charges de sa production tout en apportant à l’oeuvre sa patte, un style créatif abouti visuellement, mais qui demande encore à s’affiner dans l’écriture. Malheureusement, au regard de Man of Steel, il semble que ce ne soit pas cette fois-ci encore que l’on ait droit au masterpiece.

La première moitié met pourtant l’eau à la bouche. Un prologue superbe suivi d’un long premier chapitre nous donnent à voir un Clark Kent en pleine introspection, parcourant le monde autant à la recherche de ses origines qu’en quête du sens à donner à sa vie. L’occasion de multiplier les séquences fortes, les allusions symboliques et spirituelles apportant au métrage tout le respect de l’iconologie et du mythe de Superman que l’on est en droit d’attendre de la part de ses auteurs. On a d’ailleurs, au début, franchement envie de se caler des oeillères et d’y croire très fort, d’autant que le casting, de Russell Crowe à Kevin Costner, se démène pour que l’on se laisse happer. Mais rien à faire, le monteur était perché. En résulte un découpage chaotique, elliptique et fragmenté au possible, où s’enchainent sans soins apparents flashbacks, séquences présentes et ellipses plus ou moins longues, le tout clairsemé de la flemme patente des scénaristes qui ont crus bons de glisser ici et là de grosses facilités scénaristiques bien grasses (la tornade aurait été une séquence magnifique sans le chien aussi, vous savez). Rien pour servir le personnage principal donc, les quelques bonnes pistes n’étant jamais poursuivies. les personnages annexes pour leur part se voient ironiquement survolés tout au long du film sans que jamais aucun d’entre eux ne soit réellement approfondis, préférant laisser la part belle au personnage principal… Lequel, comme je le disais plus haut, enchaîne les scènes fortes sans pour autant se les approprier non plus. C’est finalement là le principal et majeur problème de ce Man of Steel : à vouloir trop en dire, il ne dit finalement rien.

En dépit de toutes ses lacunes narratives, Man of Steel nous dévoile un casting absolument parfait, Henry Cavill en tête.

Man of Steel Begins of the Boy-scout Rises

Trop. C’est le mot qui me sera resté en tête face au générique final. L’impression cruelle et étrange de voir trop de choses d’un coup, trop rapidement, trop densément, trop vite expédiées et de manière bien trop démesurées. Le sentiment, en un seul Man of Steel, d’avoir bouffé l’équivalent condensé d’une trilogie entière dédiée à Superman, de son introduction baclée à sa fin en apothéose, sentiment auquel vient s’ajouter l’idée un peu saugrenue ( ça m’arrive parfois d’en avoir) que Snyder, Nolan et Goyer avaient une envie sincère de développer le super héros le plus patriote de l’histoire en prenant leur temps, de manière a l’évoquer en profondeur (la tornade, l’église, nombre de plans vont en ce sens) mais qu’ils n’ont pas pu, faute de temps. L’ambition à peine dissimulé de ce Man of Steel étant bien entendu celle de relancer le DC Universe pour la décennie à venir, comme l’a fait la Fox avec son empire Marvel. Plus question de traîner, il fallait que MoS amorce et pose rapidement la première pierre. Et tant pis si on ne s’attarde plus, si on laisse sur le carreau certains protagonistes, ou si on pond un script bourré d’incohérences. A ce petit jeu, n’est pas Nolan qui veut, et si l’auteur-réalisateur de la trilogie Batman aura su se montrer suffisamment intelligent pour mener sa barque exactement comme il l’attendait, c’est un luxe que ne put se permettre Zack Snyder, l’homme subissant déjà une insolente odeur de sainteté après nombre d’échecs relatifs au box-office. Après le Snyder en roue-libre de Sucker Punch, c’est ici un réalisateur muselé que j’eus l’impression de retrouver, un réalisateur enchaîné à un cahier des charges, se démenant pour tenter d’insuffler au maximum sa virtuosité de l’image là où il le pouvait, mais ne parvenant qu’à bricoler, entre deux transitions disgracieuses du montage, une scène de la vie de Superman qui ne fait qu’approcher le surhomme sans jamais entrer dans son sujet, avant de s’envoler vers la scène suivante, zappant au passage tous les enjeux et motivations en présence. La montée en puissance n’existe pas dans Man of Steel, et l’on passera en un clin d’oeil (parce qu’on ne s’ennuie pas non plus) du Clark Kent qui se cherche une vie au Superman qui rasera le tier d’une ville dans un affrontement où il semble finalement bien peu se soucier des dommages collatéraux qu’il cause. Des combats à ce titre dantesques, assourdissants, d’une violence titanesque où le réalisateur excelle comme à son habitude, mais qui n’ont pas vraiment leur place en bout de course d’un premier film supposé « poser » un héros de manière durable. Difficile dès lors d’envisager une suite – pourtant d’ores et déjà prévue – qui vienne surenchérir derrière la rage dévastatrice de Zod.

Bilan mitigé pour ce reboot de la franchise Superman. La promesse Snyder/Nolan aura beaucoup fait parler, comme étant un quitte ou double qualitatif. Il n’en est au final pas grand chose. Le casting est bon, le film n’est jamais ni réellement ennuyeux, ni vraiment mauvais, mais se révèle dans l’ensemble comme une multitude de petites scènes mal ordonnées, mal enchainées et mal exposées, jetées au sein d’un métrage qui se soucie plus de ce qu’il a à relancer que de ce qu’il doit raconter. Pas désagréable, mais on était en droit d’en espérer mieux. Superman, en tout cas, méritait bien mieux.

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4 réponses à “Man of Steel (Zack Snyder; 2013)

  1. Assez d’accord avec toi. Il aurait fallu plus de film. Pour une fois que Z. Snyder réussit à presque me plaire, je suis chagrin.

    Celim.

  2. Excellente critique, que je lis avec du retard parce que je n’ai vu le film que récemment. Pour le coup, je suis tout à fait d’accord avec ce que tu écris, et le fil conducteur de ton texte : à vouloir nous faire bouffer tout le festin que la mythologie Superman a à nous offrir, ça en devient indigeste. Avec en plus, comme tu le soulignes justement, des moments bien gras, exemple du chien et compagnie.

    J’étais pourtant ravie de suivre un regard neuf, dans les premières scènes notamment, avec les envolées dans Krypton. Mais comme trop souvent dans les films américains de ce genre, si la première demi-heure est très satisfaisante, le reste suit peu, sinon jamais.

    J’ajouterais deux petites choses à ta critique : les petites phrases « humoristiques » de certains passages, certes rares, mais qui cassent complètement l’ambiance (n’est pas Whedon qui veut), je pense notamment à la scène du baiser ; enfin, un méchant trop peu charismatique, et on sent pourtant que la réalisation a bien voulu faire comprendre aux spectateurs la grande histoire tragico-dramatique derrière tout ça.

    Bref, le film s’essouffle tout seul, et c’est dommage.

  3. Tout à fait d’accord avec toi en ce qui concerne les décharges d’humour globalement malvenues (la dernière est celle qui me revient le plus souvent en tête, toujours aussi maladroitement). Et ce pauvre Michael Shannon, mille fois plus à sa place dans des rôles sobres, touchants (Shotgun Stories et Take Shelter, Boardwalk Empire) que dans l’armure de Zod. Reste maintenant à voir ce que la Warner nous prépare sur l’avenir de DC. ça promet d’être intéressant, en tous les cas.

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