Rogue Legacy (Cellar Door Games; 2013)

Mighty Castlevania for Unepic Loot

 

Un château généré aléatoirement ; un gameplay dans la lignée des actions/aventures 2D les plus réussis ; une idée pas dégueulasse du tout de descendance pour justifier le fait qu’à chaque respawn, votre personnage aura une capacité distribuée aléatoirement, et même un système d’upgrade : Rogue Legacy, en théorie, avait tout pour se revendiquer à la fois bon petit jeu alléchant et héritier (comme son nom l’indique) évolué du rogue-like. Dommage qu’en pratique, toutes ces bonnes idées ne fonctionnent pas aussi bien qu’on l’aurait espéré…

De la quête épique…

Tout commence après un rapide tutorial aux abords du château. Vous entrez, comme dans tout château de jeu vidéo qui a la bonne idée de laisse porte et pont-levis grands ouverts, et entamez l’exploration. Bien vite, vous mourrez. Le propre de tout rogue-like, de tout jeu porté sur le die & retry, voire de tout jeu un peu rétro qui se… ah, mais attendez, non. Pas de « retry », dans ce die-ci. Non, dans Rogue Legacy, votre chevalier mort est bel et bien mort, et c’est sa progéniture que vous incarnerez lors de la reprise. Un enfant de vingt ans plus vieux (par rapport à la chronologie) disposant d’attributs différents, de caractéristiques ou de tares différentes, voire même une descendante, plutôt qu’un descendant. Et le jeu reprends. L’or amassé par le paternel vous revient de droit et peut-être utilisé pour bâtir votre domaine (et grapiller de nouvelles aptitudes au passage) ou pour acheter des armes, avant de vous relancer à l’assaut du sombre château. Et ainsi de suite à chaque nouvelle génération. Imaginez-vous la saga Castlevania, dans son ensemble. Dracula, un château, qui revient à chaque fois sous une forme différente, et une lignée maudite de tueurs de démons qui se lance systématiquement à son assaut. Rogue Legacy c’est tout ça, à ceci près qu’ici les Belmont se voient remplacés par une vaste lignée d’attardés, d’idiots et de tarés congénitaux au sein de laquelle les héros génétiquement « prédisposés » seront de véritables perles rares noyées au milieu des nains, des dysléxiques pétomanes, daltoniens, myopes et pas foutus de lancer un sortilège correctement. Vous l’aurez compris : le hasard dans Rogue Legacy n’a pas seulement pour conséquence la structure du château de chaque partie, mais aussi – et surtout – les conditions génétiques de votre héros, tantôt handicapantes, tantôt arrangeantes (un nain peut se faufiler plus facilement, alors qu’un géant fait plus mal). Elles vous feront parfois sourire, elles vous feront parfois rager mais il faut bien l’avouer, l’idée est intéressante et à le mérite d’amuser, les premières parties… car très vite l’euphorie retombe, et l’on se rend compte que les mécaniques du jeu, mises bout à bout, annihilent totalement sur la longueur les bonnes idées… Voire l’intérêt même de la quête du château.

…au récit réaliste.

Comme je le disais plus haut, à chaque mort, vous récupérez l’or accumulé par votre précédent personnage, et avez la possibilité de le dépenser en upgrades divers, en tenant compte du fait que le surplus doit être de toute manière abandonné (sans possibilité de le récupérer cette fois) avant d’entrer dans le château.Et ces upgrades, eux (double saut, santé, mana, dégats, coups critiques, équipement, etc…) sont en revanche entièrement conservés d’un personnage à l’autre. Vous l’aurez compris, au bout de quelques heures, la noble quête de notre lignée de chevaliers se mue inéluctablement en basse besogne à peine digne du plus insignifiant, réaliste et terre-à-terre des êtres humains : faire un maximum de pognon avant de mourir, le léguer aux enfants, qui en feront de même dans le grand et éternel cycle de la vie, jusqu’à être finalement assez puissant pour se balader dans le château sans trop galérer, une chose qui risque de prendre un certain temps au vu du nombre d’upgrades et de la lenteur relative que l’on met à se constituer un pactole, alors que le tarif même des éléments achetables augmente au fur et à mesure que l’on gagne en niveaux. En outre, le fait de pouvoir à chaque mort choisir entre trois « lignées » de descendance possible (en fait trois personnages aux caractéristiques différentes) achève d’enterrer les idées rogue-like déjà reléguées en second plan par le loot susmentionné. Alors on parcourt le château, encore, et encore, et encore, à la recherche de la moindre pièce d’or, regrettant le manque d’ambition face à des idées basiquement bonnes, mais jamais abouties. Puis on augmente son château, on achète une épée, ou une cape, et on recommence… Jusqu’à la fin du jeu.

Lassitude ou pas, j’emmenerais Lady Charlotte III à l’abattoir, ou à la victoire!

Certes, la difficulté est de la partie. Certes, une part des aspects du jeu est définie aléatoirement. Pourtant, Rogue Legacy n’a au final de Rogue que le nom, une revendication implicite à peu près aussi batarde que les plus handicapés de nos malchanceux chevaliers. Reste donc à se mettre sous la dent un sous-Metroidvania tout mignon, très sympathique quoique manquant cruellement d’âme, artistiquement parlant. Un petit jeu dont le temps que vous y passerez ne dépendra que de votre capacité à résister à un ennui tambourinant chaque heure un peu plus à vos portes. (Notez que vous possédez d’office un gros bonus d’immunité si vous êtes un adept du farm et du loot abusif). Mais un petit jeu sympathique, néanmoins. De ceux sur lesquels on revient de temps en temps, par courtes sessions. A Rogue-like, on lui préferera l’appellation que les développeurs ont eux-même utilisé à propos de leur bébé, avec force et justesse, de « Rogue-lite ». Après tout, ils nous avaient prévenus.

Rogue Legacy, développé par Cellar Door Games, disponible sur PC. Sorti en 2013.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s