Where are we Now? EP

Ceci est le DLC promis au début de l’article précédent.

Et comme nombre de DLC, il arrive en retard, quand plus personne ne touche au contenu d’origine et n’entends rien faire de plus que ce que ledit contenu ne faisait déjà. Un article comme un autre, donc. Qui va se payer le luxe d’enfoncer les portes ouvertes. Un blog étant ce qu’il est, je me suis dit que s’il y avait bien un coin du web sur lequel j’étais libre d’évoquer le cas The Order, c’était ici. Un titre que je n’ai pas touché, ne compte pas toucher et même, on peut le dire, dont je n’ai rien à cirer. Mais auquel je finirai quand même sans doute par jouer, un jour ou l’autre. C’est comme ça, le gamer d’aujourd’hui, il chouine mais il joue quand même, puis se cherche ensuite une conscience et une excuse d’avoir joué, à grand coup de « oui mais je l’ai revendu comme ça j’ai pas trop perdu d’argent» ; « je sais que ça va être la même chose que le dernier mais bon, j’aime bien la saga/les devs/l’éditeur donc pour que ça continue de sortir (en occident s’il s’agit d’un jeu jap plus ou moins obscur) je soutiens » et autres « svp achetez l’épisode plutôt que de le pirater ou de le regarder sur Youtube, sinon les développeurs vont fermer et être expatriés sur une île où on envoie tous les développeurs qui ne font pas recette. D’ailleurs, c’est là que Yu Suzuki et Ueda sont enfermé, et tout ça c’est rien que de votre faute. » Le gamer est un argu-menteur autant qu’un chouineur, je ne vous apprends rien. Et comme je n’ai pas grand chose à dire de The Order (je n’ai déjà plus grand chose de neuf à dire à propos des jeux auxquels je joue, alors ceux dont je me fous, vous pensez…) je préfère me servir honteusement de lui pour traiter les propos que sa sortie aura, à mon infini regret, réouvert : durée de vie, vide narratif, manque de gameplay, ouin QTE, tarif abusif selon un rapport qualité/prix visiblement universellement reconnu mais dont je n’ai jamais entendu parler.

« T’as pas joué, tu fermes ta gueule ».

si telle est ici votre réplique (en plus courtoise j’espère, parce que bon, mine de rien c’pas sympa hein), je vous convie à aller gentiment vous titiller le fondement, histoire de vous détendre quelques instants et de vous en revenir ensuite lire la suite, léger, frais et guilleret.

The Order cette année. L’an passé, P.T. Et Ground Zeroes. Avant eux, Beyond, Heavy Rain, Journey. On a échappé à la rage avec Ryse, au simple prétexte que personne n’avait rien à foutre de la Xbox One et plus encore de Crytek. On y a également échappé avec Asura’s Wrath pour whatever fuckin’ reason, lui qui n’est jamais que le pendant japonais de Heavy Rain (et le premier qui me mentionne les phases de «beat them’all » du titre de CyberConnect, je le gifflotte mentalement derrière la tête parce que les conneries ça va cinq minutes). A chaque fois, le même débat qui ressort et toujours les mêmes trolls, les mêmes vannes sur la durée de vie, les mêmes non-arguments qui tournent en rond d’année en année et les mêmes sujets dans lesquels chacun campe sur ses positions « ptet’ ben que oui, ptet’ ben que non », pendant qu’au fond des chiottes, dans les forums, les gens se vomissent dessus dans une vaste valse sans fin de gens qui ne voient de toute évidence pas le temps passer à travers leur propre reflet dans l’écran, trop occupés à définir ce que doit être ou ne pas être un jeu vidéo. Jusqu’à ce moment inévitable où quelqu’un dit « De toute façon, l’écriture dans le JV, hein, c’est tout que de la merde quand même un peu en comparaison du cinéma (déjà que d’abord le cinéma de nos jours c’est pas bien génial non plus pffff) non mais oh, lol, Telltale et Dontnod et Naughty Dog on va pas me dire que c’est des exemples d’écriture hein, mdr, si ? Quand même là, allez, un peu, olala. » en ajoutant que de toute manière on a pas fait mieux depuis Silent Hill 2/Half Life 2/Shenmue/Kotor et que de toute façon FFXV c’est rien que des boys band mous.

Et c’est au final peut-être ça qui me motive à rédiger cette bafouille agacée. Je disais il y a quelques temps, à quelques personnes de bonne fréquentation que vous fréquentez peut-être vous mêmes (allez savoir, on se connaît tous à cinq ou six degrés, il paraît) que j’étais lassé de voir encore des gens, en 2015, nous répéter inlassablement que Final Fantasy VII est un pilier intouchable de la saga en arguant que Nomura à l’époque c’était quand même autre chose que des chanteurs japs qui font genre d’être virils alors que c’est les World’s Appart mdr (alors que la troupe de bœufs de Gears of War eux ils sont virils parce qu’ils sont carrés et mal rasés, putain, tu comprends la différence ou bien merde ? J’espère que oui, parce que sinon je vais devoir t’expliquer pourquoi Quiet est une insulte aux persos féminins en général alors que Max est un modèle de fraicheur et d’inventivité et honnêtement ça je sens que ça va pas bien être facile), que Metal Gear Solid 2 est un équivalent vidéoludique de toute l’oeuvre de Kubrick au complet (soyons fous), ou encore qu’Ocarina of Time c’tune peu la révolution d’un genre. Non pas que ces jeux ne soient pas toutes les choses qu’on dit qu’elles sont. Je les aime chacun d’une affection sans fin, et comme beaucoup de personnes de ma génération, ils ont bercé une part non négligeable de mon adolescence. Mais, avec tout l’attachement que j’ai pour ces jeux, je suis tout simplement las que l’on me rappelle quasi quotidiennement l’opéra de FFVI, le twist de Monkey Island, le dog tag de Raiden et que l’on me soutienne que tout cela enterre la mise en scène de The Last of Us avec un sourire entendu et la petite formulation évidente du « on est d’accord que… ». Comme si ça avait un intérêt. Tout comme je suis las que chaque avancée technologique soit l’occasion pour les uns, les autres, des plus aux moins influents de nous recracher à la gueule Matrix et Blade Runner au mieux, Big Brother au pire.

Plein le cul. De tout ça. Mais c’est l’inconscient culturel collectif, alors bon, on fait avec, puis c’est pas des mauvais bougres qui se réfèrent à ça, puis c’pas de mauvaises références, puis merde quoi, on les aime quand même bien un peu, au fond, ces références, quand on y repense. Du coup, allez-vous me dire (ou bien pas du tout mais ça me permet la transition, hein), c’est quoi le souci ?

La stagnation cyclique et annuelle des mêmes débats sempiternels, mes chers droogies. (tiens encore un terme que je devrais pas employer parce qu’il doit bien saoûler. Celui-ci est à mes frais, profitez).

Jusqu’à quand allons-nous avoir droit aux mêmes vieilles conneries à chaque sortie, sur des détails tels qu’une durée de vie, un rapport qualité/prix, sur ce que doit être ou pas un jeu, sur le fait acquis que l’on compte la note en doritos et qu’une campagne marketing profite de ses carnets de devs et de ses interviews pour nous la mettre profond, chose que l’on a pu constater depuis des années comme tout adulte normalement constitué, mais qu’on continue de fustiger un jour pour mieux acheter le lendemain, le tout en chouinant comme un vieux vinyl rayé sur les mêmes sujets faussement polémiques de sites supposément spécialisés, d’année en année : est-ce que c’est trop cher ? Est-ce que c’est trop court ? Est-ce que c’est trop de gameplay ? Pas assez de QTE ? Est-ce qu’il n’est pas putain d’anormal que les persos les plus inhabituels des grosses sagas soient systématiquement relégués aux DLC/aux opus mineurs et/ou aux rôles de sidekicks relous d’un héros normâlement caractérisé pour un grand public supposément grassement formaté ?


Ah non, merde, la dernière question était sincère, veuillez la négliger.

Gens, joueurs, je vous aime bien. Presque autant que j’aime les jeux, beaucoup moins que j’aime le cinéma, infiniment moins que j’apprécie mon entourage. Presque autant que j’apprécie un être humain lambda. Mais il va à un moment quand même falloir se sortir les doigts du cul et des yeux, déjà parce que c’est pas super hygiénique comme combo, ensuite parce qu’on a cruellement besoin d’avancer dans les idées, dans la manière d’aborder un sujet, une narration, des mécaniques, un propos, un fond et une forme. Parce qu’on ne peux plus continuer à chouiner que les femmes sont mal représentées dans le média quand on arrive désormais à trouver des dizaines d’exemples valables qui s’apparentent plus à des cautions conventionnelles acceptables qu’à de réels et sincères élans créatifs et qui font que la Lara rebootée fasse passer le conformisme le plus fade pour un modèle de caractérisation pendant qu’en face Bayonetta est qualifiée d’imagerie beauf, vulgaire, déviante japonaise et jetée quelque part entre Paz et Lightning. Pas plus qu’on ne peut continuer a juger des jeux sur le fait qu’ils soient trop courts ou trop longs pour nous et surtout pour le prix qu’on nous en demande généralement (comme si on avait pas tous nos combines pour chopper les jeux moins chers, comme s’ils ne baissaient pas de prix), que tel truc dedans c’est bien, mais tel autre truc ben c’est mal, parce que c’est mal dans tous les jeux de toute façon, mais qu’au fond c’est pas grave parce qu’on passe outre selon si on est fan ou pas de la saga, du prod’, de l’éditeur, de la scénariste ou de recruteur qui s’est occupé de caster la mocap’. Et parce qu’au final, on a tous un peu envie de fermer la fenêtre de la vidéo dès qu’un mec dans un carnet de dev’ ou sur une estrade de l’E3 se pointe pour nous dire que son jeu va nous proposer une histoire qui s’adapte VRAIMENT à nos choix, avec une technique INCROYABLE et une HIGH NARRATIVE STORYTELLING BALIBALIPUNCH WHATEVER THE FUCK DID I AM DESCRIBE IF IT ISNT WHATEVER GAMES QU’ON A ESSAYE DE ME REFOURGUER CES CINQ PUTAINS DE DERNIERES ANNEES.

The Order n’était pas encore sorti qu’il me gonflait déjà. Pas à cause de ce qu’il est, peut être, n’est pas, whatever. Mais principalement parce que le gamer est une petite créature prévisible et qu’on sentait venir, à des semaines de là, les pages et les pages rédigées autour de tout ces sujets cycliques sur lesquels des mecs de l’industrie nous mettent régulièrement en garde et dont on préfère rire sans retenir (big up monsieur Cage). De tous ces sujets depuis longtemps dépassés que l’on nous recycle et qui reniflent leurs propres pets froids de l’année précédente, attendant que les mêmes poissons mordent à nouveau aux mêmes hameçons, avec à la clé la même absence de conclusion et le même climat nauséabond, dans lequel aucune évolution de la pensée ou du discours n’est observée, dans lequel on relit, chaque année, les mêmes conneries datées. Et dans lequel il est donc vachement aisé de nous refiler uniquement des produits qu’on est sûrs, dans le fond, d’aimer. The Order, c’est con pour lui, se rétame comme d’autres supposés gros budgets récents. Comme Unity, Watch_Dogs, etc, au moins sur le plan critique (puisque rappelons-le quand même, Ubi ne s’est jamais porté aussi bien). Plus dommage encore, la majorité du rétamage se fait sur une forme qui dérange plus que sur le fond jusqu’alors cantonné à un passe partout « c’est nul, cliché et déjà vu ». Comme quoi, on peut peut-être bien tromper mille fois mille personnes, finalement.

Pensé comme un DLC (si si, regardez bien, au milieu de l’intro du précédent article, il y a la base de celui-ci), ce pavé est bien entendu tapé à l’arrache et plus succint que son ainé. Et comme chaque chose mal écrite de notre époque, il va se conclure sur un gros « to be continued » prêt à accueillir suites, spin-off, préquelles et tous les fléaux narratifs modernes qu’on veut bien s’empresser de lui fourrer dans le gosier. Aussi vais-je laisser le point final pour un prochain article, un prochain jour, qui ne sera peut-être jamais rédigé, puisqu’après tout dans un souci de rentabilité cela ne dépend que du succès de celui-ci et de… ouais, bon, okay, les plus courtes sont les meilleures.

Peace.

(juste après avoir rédigé ce post, je suis tombé sur une news recensant les tweets homophobes vis-à-vis du dernier épisode de Walking Dead. Oubliez ce coup de gueule, le monde est une putain de fosse bardée de cons qui n’évoluerait pas même si on les lapidait à coup de pierres feu/eau/plante/foudre).

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9 réponses à “Where are we Now? EP

  1. « Mais il va à un moment quand même falloir se sortir les doigts du cul et des yeux, déjà parce que c’est pas super hygiénique comme combo, ensuite parce qu’on a cruellement besoin d’avancer dans les idées, dans la manière d’aborder un sujet, une narration, des mécaniques, un propos, un fond et une forme.  »

    Venant de quelqu’un qui a plutôt apprécié The Evil Within – je crois – et aimé GTA V and co, j’ai un peu de mal à y croire… Mais ça, c’est sans doute un autre débat :/

    Je parle sans animosité, juste avec le fond de ma pensée, je tiens à le dire. Sinon comm’d’habitude, well written.

  2. @ Inceptionniste :
    J’ai apprécié de Evil Within son texte, sa composition visuelle et artistique et ce qu’il m’a raconté à travers cela. ça n’en a pas moins été une véritable plaie à parcourir. A l’inverse de Tomb Raider reboot, qui lui ne m’a pas été particulièrement déplaisant à jouer, mais dont le texte m’a lourdé au possible. Je ne comprends pas ce que tu veux dire vis-à-vis de Gta V & co, mais comme tu le dis, c’est sans doute pas le sujet. Le souhait exprimé est simplement de voir disparaître du jugement de valeur des broutilles qui n’appartiennent pas à un critère créatif, mais à un jugement de joueur basé sur une forme de norme soit subjective, soit communément admise. Typiquement, la durée de vie d’un jeu qui se calcule en ratio temps de jeu/cutscene ou en temps/prix plutôt que de simplement se poser la question de savoir si les mecs ne précipitent pas leur histoire ou ne l’étirent pas inutilement. « c’est bien/pas bien, long/court, », etc.

    Il n’y a pas de formule scientifique pour faire une oeuvre, il n’y a pas de formule pour la critiquer, de la même manière que nos jugements de valeur et nos attentes d’un jeu ne sont pas les ambitions créatives de la boîte ni le seul prisme à travers duquel on se doit de regarder l’oeuvre. J’aimerais simplement que les discussions sortent un peu de leur marasme nauséabond et cyclique qui ne mène nulle part. Un coup de gueule naïf évidemment, que j’ai le sentiment d’avoir déjà poussé il y a des années. Mais que j’aime à relâcher parfois.

  3. @Nem : N’empêche tu m’aurais dit ce que tu viens de dire à Inceptionniste ça hier soir avec les mêmes mots, j’aurais mieux compris parce que notre discussion m’a plus embrouillé. xD

  4. Yop !

    Évidemment, je suis profondément d’accord avec toi, Nem’. J’irais plus loin en condamnant un peu plus le pécore moyen sans éducation qui, sous prétexte qu’il a suivi trois cours de français au lycée et lu « Le héros aux milles visages » de l’autre con imagine pouvoir porter un jugement critique sur tout ce qui passe à sa portée.

    Cependant, dans le jugement de goût, le jeu vidéo peut se réduire, de la même façon que l’intégralité de tous les autres arts, à la question suivante : « Cela me plaît-il ? » Bien sûr, il s’agit là d’une simple opinion tout à fait subjective. Pourtant, c’est bien de là que va surgir la réflexion critique. La pensée va chercher à comprendre ce qui l’a chagriné ou ce qui lui a plu dans l’oeuvre qu’elle vient de terminer. Et ensuite, normalement, on rentre dans une analyse qui peut prendre des formes diverses et variées.

    Le problème serait, finalement, l’incurie intellectuelle de la plupart des crétins, incapables de dépasser le stade premier du jugement. La presse en est un bel exemple, les blogueurs un pire.

    Foutu post-modernisme, quand même. Foutu post-modernisme.

    Celim.

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